samedi 11 septembre 2010

Et plus si affinités

Il n'est plus là. Je l'ai écouté hier, seulement une moitié de l'émission, mais aujourd'hui il n'est plus là. Mince alors ! France Culture, pourquoi tu me tourmente ainsi ?

Mais bon. Je vous demande pardon. J'ai promis la suite de mon histoire de mes vacances à Nîmes. J'en ai écrit un écheveau de mes pensées, et maintenant je les démêle. Entretemps j'écoute des personnes qui semblent n'avoir aucun problème de s'exprimer bien. Hier, j'ai écouté deux émissions de France Culture dont l'invitée, Dominique Baqué, a tissé un lien implicite entre deux tendances sociétaux, les affinités sur la Toile et les cougars.

Dans ces émissions, Mme Baqué, écrivain, critique à Art Press, nous a décrit ses expériences dont elle a écrit dans ses livres "E-love : petit marketing de la rencontre" et "Désintégration d'un couple". Tout d'un coup, à part les recherches de l'amour, j'ai enfin compris un peu plus sur la nature des rapports hyper-connectés. A mon avis, le sort des êtres humains livrés à eux-mêmes est le même. Socrate pensait que les Sophistes prisaient plus le discours creux que la philosophie. Shakespeare a décrit le narcissisme de Richard II, le mal absolu de Richard III, le nihilisme du roi Lear et l'absence de la vérité qui entourait Hamlet. Tous les maux d'aujourd'hui ne sont ni nouveaux ni imposés par la Toile. C'est la mise en scène de soi-même et de ces malheurs qui est de plus en plus criante, choquante et assourdissante.

Aux États-Unis, la Toile serait toujours le meilleur des mondes. En France, on en parle, en fait des débats, et en pose des questions. Je l'adore. Et je pense bien de vous présenter les émissions que je viens d'écouter.

Au cas où vous ne supporteriez ni la mise en scène des idées d'Alain Finkielkraut -- il a la tendance de ponctuer ses phrases de pauses significatives--, ou au cas où vous n'auriez pas le temps d'écouter une émission de 45 minutes, je vous décris ce que j'en ai saisi.

Dans la recherche des liens sociaux ou dans la quête de l'amour, Mme Baqué a rencontré des hommes l'un après l'autre qui ne cherchaient que le plaisir sexuel. Selon eux, la Toile offre aux hommes un hyper-marché de consomption sexuel dont la monnaie serait un discours formaté, superficiel et fun et où la devise dominante serait « il n'y a pas de mal dans la recherche du bien. »

A mon avis, je vois dans ce témoignage une sorte d'épidémie où la conscience humaine est de plus en plus sous l'emprise de la banalité, des désirs et des pulsions. En fait, une fois je parlais des rapports hommes-femmes aux hommes âgés et divorcés. Ils ont dit que la seule manière de parler aux femmes étaient de leur mentir. J'en ai été frappé de stupeur d'autant plus que plusieurs hommes ont déclaré cet avis avec la même conviction. Après notre conversation, j'ai pensé qu'ils manquaient un peu de maturité, mais maintenant je pense que l'on est formé et mené à vivre cette obsession sexuelle comme elle va de soi, tandis que l'on ignore de plus en plus le plaisir d'une rencontre lente et ouverte dans laquelle les pulsions et la peur sont maîtrisées. Leur point de vue m'a rendu triste parce que j'ai vu ces hommes-là, qui étaient sensibles et intelligents, condamnés à une isolation à perpétuité, parce que l'on ne peut ni se lier d'amitié ni tomber amoureux, si on est assujettis aux désirs aveuglants.

J'en ai parlé à Chouchou de cette émission. Puisque les femmes doutent toujours la fidélité des hommes, elle m'a demandé, inquiète et interloquée, si je faisais mes courses dans cet hyper-marché informatique. Est-ce qu'il y a une tentation de voir les choses comme ça ? J'ai dit non. Je ne traîne pas. Mais il faut dire qu'au sein des associations basées sur la Toile, il y a un manque de contexte dans les rencontres qui peut mener exactement à une vacuité dans les relations humaines. Souvent, quand j'étais entouré des pèlerins de plaisir, en proie de fun, ou sous l'emprise de la propagande, je me sentais accablé sous le poids d'une dépendance généralisée. Il me faut m'échiner pour ne pas courber l'échine et garder ma dignité.

La plupart du temps, j'abandonne, juste comme Mme Baqué. Même si elle est toute seule après avoir subi le choc profond d'un divorce douloureux, elle ne s'en remet plus à la Toile. Elle sait ce qui l'attend, les mensonges de l'hyper-marché de consomption sexuelle.

A mon avis, la Toile semble comme la vieille torture de Tantale réinventée.

Mais comment est-ce que les cougars sont liées à l'hyper-marché sexuel ? Selon les invitées de l'autre programme, tout d'abord l'étiquette « Cougar » est tout à fait méprisante, déshumanisante et abrutissante. Elle donne l'impression que ces femmes sont tellement assujetties à leurs pulsions qu'elles ne sont qu'un animal. 

Je n'ai écouté qu'une moitié de ce programme. Par conséquent, je ne sais pas s'ils ont parlé de l'idée que les cougars représentent une sorte d'émancipation sexuelle pour les femmes. Dans le blogue d'une certaine incertaine, elle a écrit un billet dans lequel tout le monde est d'accord avec l'opinion suivante : si les hommes veulent se conduire comme des animaux écervelés, il s'ensuit que les « cougars » doivent avoir le droit de faire pareil. J'y ai laissé un commentaire dans lequel j'ai assimilé les cougars aux rhinocéros d'Ionesco. Quelqu'une m'a répondu, obliquement. Selon elle, puisque Molière a écrit des pièces de théâtre où les hommes faisaient la cour aux jeunes femmes, il serait temps que les femmes assument leurs droits aussi. Comme d'habitude j'ai abandonné cette certaine incertaine, après avoir écrit un billet sur son billet. Je ne voulais même pas dire que Molière, dans L'École des femmes, a ridiculisé Arnolphe, le protagoniste, parce qu'il voulait imposer son amour à une très jeune femme. J'ai renoncé à revisiter son blogue. Perte de temps.

Heureusement, sous la plume de Molière, la jeune femme a eu la sagesse de défaire les desseins d'Arnolphe, qui semblent terriblement pareils aux promesses formatées et stockées dans les rayons de l'hyper-marché de la consomption sexuelle. Mme Baqué a dit que l'acte le plus subversif d'aujourd'hui serait d'afficher ses sentiments pour lutter contre ce fléau de brutalité. J'ajoute que la réflexion et la maîtrise de soi seraient aussi les vertus subversives. N'étaient-elles pas considérées il y a belle lurette comme la garantie de l'égalité ou du bonheur ?

10 commentaires:

k.role a dit…

sans honte, je peux dire que j'ai tenté de rencontrer quelqu'un sur le net, ma solitude me pesait trop. et un grand besoin de donner l'amour dont je ne sais que faire. mon expérience se résume à ceci : et moins si affinités... le commencement sous le signe de la passion pulsionnelle n'a pas été exempt d'échanges intellectuels et de respect mutuel. de son côté la peur de l'engagement à pris le dessus, mais je n'ai pas pu me résoudre à renier cette relation : du coup nous sommes amis.... le sexe n'est pas toujours une perdition. il peut être une manière de se connaître et de s'apprécier. enfin le monde est vaste et il ne faut pas généraliser. j'ai aussi connu des gens qui se sont trouvés sur la toile et cela a fini par un mariage.

Edmée De Xhavée a dit…

C'est ce qui arrivait aux "correspondants " d'autrefois.

Mais je pense que la rencontre doit être vraie, en personne. Il y a des détails physiques qui font qu'on ne pourrait pas envisager une relation sexuelle avec quelqu'un (ils sont différents pour tout le monde: les poils dans le dos, les doigts hyper velus, une tendance à produire trop de salive en parlant, des points noirs, une voix de fausset ...) mais par contre l'affection est réelle, ainsi que l'entente intellectuelle.

Sur la toile, ou par téléphone ou par lettre ... on n'a aucune idée de ce qui pourrait mettre un obstacle à une relation complète.

Non?

Ren du Braque a dit…

Bonjour Carole, en fait, le sociologue a dit qu'il existe plusieurs Toiles. Le monde est vaste, je suis d'accord. J'aurais dû souligner que selon Mme Baqué c'est la volonté d'avoir un sentiment qui fait défaut dans les rencontres. En quelque sorte la peur de l'engagement prend le dessus et fait pencher la balance aux besoins immédiats. Le sexe n'est jamais forcément une perdition.

Mise en scène, mise en cause, mise en doute, oh... c'était difficile de mettre en forme mes pensées. Je voulais juste mettre en lumière ce que je vois ici. J'espère que vous vous débrouillez bien sur la Toile. Je voulais juste dire qu'il faut faire attention.

Ren du Braque a dit…

Bonjour Edmée, l'idéal serait que l'affection se trouve dans un équilibre entre les attraits physiques, spirituels, intellectuels, émotionnels.

Et je suis d'accord qu'il existe des obstacles à une relation complète. En fait, je suis en quelque sorte plus à l'aise sur la Toile et dans mes échanges Skype parce que je ne montre pas mon image. Je ne suis que des mots ici. Dans la vraie vie, je me demande souvent si ma présence change la nature des relations. Est-ce que j'ai des traits qui ne plaisent pas ou sont-ils trop attirants ? L'écriture me permet de dresser mon image sans ces soucis... c'est un peu bizarre...

Delphine a dit…

Go: je comptais écrire un billet à ce propos ce soir, mais davantage axé sur la dimension "spirituelle", celle pour laquelle tu te sens à l'aise dans les échanges sur la toile. ce sera ce soir ou très bientôt. Merci pour le tien en tout cas.
PS: et je n'ai jamais cherché d'âme soeur sur le net ce qui fait qu'une partie de ton billet m'est un peu étranger bien que je connaisse plusieurs couples qui se sont formés de cette manière et un, certain, qui dure depuis plus de dix ans. <je te souhaite une excellente soirée.

Ren du Braque a dit…

Bonjour Delphine, en fait, Mme Baqué a mentionné qu'elle cherchait un côté spirituel dans ses rencontres. Même si elle a abandonné la toile, elle a découvert ce qu'elle cherchait par son absence, un esprit d'ouverture. Je n'ai pas essayé de répéter ce qu'elle a dit dans mon billet, mais je le répète ici. C'est quelque chose comme avoir un sentiment, c'est laisser fleurir un esprit religieux au sein de son âme.

Colo a dit…

Depuis hier je pense à ce que je pourrais ajouter car je suis assez d'accord avec toi Go.
Se méfier plus des rencontres sur la Toile que des recontres réelles? Oh, il y a tant de tout dans la vraie vie aussi...beaucoup d'ouverture et un petit peu de méfiance, toujours.
Finalement, on y trouve ce que l'on cherche sur la Toile, non? Mais parfois plus....il y a plus de 6 ans que je blogue et par deux fois un homme plus jeune que moi est "tombé amoureux fou" de moi! Moi je tombais des nues, je parle si peu de moi...mais voilà-:)
Par contre les relations bloguestes me nourissent l'esprit, m'apportent des moments de douceur amicale, et...et...mais je ne pense jamais à une possibilité sexuelle, comme Edmée, j'ai besoin de..l'odeur pour ça.
Merci pour ce riche billet. Amicalement.

Ren du Braque a dit…

Bonjour Colo, les mots ont un pouvoir séducteur. Il semble que les tiens sont très puissants ! Je dois y faire attention ! :)

Mais en effet, il y a maintes Toiles, et on a parlé de la nôtre. Ceux qui écrivent lentement leurs pensées, qui ne sont pas en proie de fun, mais plutôt nous expérimentons à nous exprimer bien et à partager la parole.

k.role a dit…

ce que j'aime sur la toile version blogs (et non pas meetic) c'est la diversité et l'intensité des échanges sur un plan intellectuel, c'est de l'écriture de toutes façons.... c'est une partie de nous qui s'affiche ici et non pas nous. Un site de rencontres c'est totalement différent. il faut vite se voir pour savoir si on peut se "sentir" :-) et ne surtout pas fantasmer pendant des mois... et comme vous dites : prudence et modération.

Zoreilles a dit…

Oh quel sujet intéressant... et d'actualité! J'ai beaucoup appris à vous lire. Par exemple, j'ignorais ce phénomène ou cette tendance qu'on reconnaît en France sous le vocable « cougar ».

Je suis heureuse et amoureuse du même homme depuis 34 ans mais sur la Toile, j'ai noué plusieurs liens sociaux et amicaux.

Autour de moi, des personnes ont tenté de rencontrer l'âme soeur (et plus si affinités) et la plupart y ont laissé beaucoup de leurs illusions, sauf exception.

N'empêche que je lis certaines personnes depuis au moins 10 ans et je leur dessine parfois un visage, une allure, une expression, un sourire, et je m'attache à eux, à leurs mots plutôt, qui sont le reflet de ce qu'ils sont.