Affichage des articles dont le libellé est Harry Nilsson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Harry Nilsson. Afficher tous les articles

dimanche 19 septembre 2010

Harry Nilsson et la journée de parler comme un pirate

Cette semaine j'ai essayé d'être bon, mais dans mes moments d'inattention, j'ai cherché sur la toile le film que j'ai vu à la télévision il y a 30 ans qui s'appelle The Point!. Comme la toile contient tout, je l'ai trouvé et ai découvert que l'auteur du scenario, Harry Nilsson, était musicien. Le film a été adapté de l'album du même nom dont Harry a dit « Je prenais de l'acide et j'ai regardé les arbres et je me suis rendu compte qu'ils se terminaient tous en pointe, et les maisons se terminaient en pointe. J'ai pensé, "Oh ! Toute chose tient une pointe, et si elle ne l'a point, elle a toujours son point essentiel." »

J'ai visionné 10 minutes du vieux film. J'en ai été enchanté comme avant. Je me suis pensé qu'il était dommage que nos artistes ne prennent plus d'acide aujourd'hui. Il faut rêver ou halluciner juste un petit peu pour transmettre une fraction d'émotion ou de tendresse que ce film contient.

J'ai découvert plus sur Harry Nilsson. Ami de John Lennon, chanteur célèbre jadis, mais inconnu aujourd'hui, cet homme a écrit et a chanté les chansons que tout le monde connaît. Vous avez certainement écouté ses chansons, "Coconut", "One", "Without You". Vous vous souvenez des vers dingues de "Coconut" -- "You put de lime in de coconut, you drink em bot up" ou ceux de "One" -- "One is the lonliest number that you'll ever do".

En fait, quand je l'écoute, je cherche à changer de chaîne, parce que je sais si j'écoute juste quelques notes de ses chansons, mon esprit va les jouer en boucle dans ma tête pendant une semaine. La chanson qui me détruit est "Without you". Oh, elle commence si doucement, "No, I can't forget this evening / Or your face as you were leaving / But I guess that's just the way the story goes" et puis il ajoute une nuance aux vers suivants "You always smile but in your eyes your sorrow shows / Yes, it shows". Et à ce point c'est trop tard pour moi. Je l'écoute bouche bée, et Harry verse ses mots dans mon esprit, "I can't live if living is without you / I can't live, I can't give any more."

Je suis marié. Je vis avec Chouchou, mais quand j'écoute cette chanson, je me demande « qui est cette personne ? Je ne la connais pas, mais désormais je ne peux plus vivre sans elle. Je ne peux plus donner non plus. Elle est partie. Je suis sans elle. Seul, tout seul. »

Ce week-end j'ai dû travailler, malgré ma réluctance. Il faisait beau tout le week-end. Le ciel était bleu et sans nuage. L'air, frais et enfin sans moustiques. Malheureusement, un homme que j'estime m'a donné beaucoup de travail qui doit être terminé ce mercredi. J'ai dû m'isoler dans la maison et taper du texte pêle-mêle dans un document. Je n'ai aucune idée s'il va être lisible. Entre-temps, je regarde le ciel et je me désespère. Et ce diable Harry Nilsson commence à chanter dans ma tête, « I can't live if living is without you. I can't live, I can't give any more. »

Ces paroles sont si simples qu'il est difficile à imaginer qu'elles peuvent provoquer une crise de chagrin dans laquelle l'on ne peut rien faire sauf pleurer son sort malheureux, mais c'est exactement ce qui arrive. Peut-être ce grand-fils des acrobates suédois a su transmettre la douleur qu'il a subie quand il a vu son père abandonner la famille à l'âge de 3 ans et la condamner de vivre en pauvreté. Mais il n'y a pas de trace d'amertume dans sa voix. C'est juste un mélange de mélancolie, souffrance, joie, amour et crève-cœur.

Et je l'écoute dans mon bureau quand je dois travailler, tandis que mes collègues travaillent sans faille. Au moins il me semble ainsi, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne font jamais pause. Nous avons un collègue, T, qui nous donne une occasion de nous détendre une fois par an. Depuis un mois il nous annonce que le 19 septembre est la journée mondiale pour parler comme un pirate. Vendredi il vient au bureau un bandana à la tête et un bandeau sur un œil qu'il porte sous ses lunettes. Pendant les jours qui procèdent cette journée il cache de petites babioles dans le bâtiment et il en dresse une carte pour les collègues qui participent à la chasse au trésor. Vendredi après-midi les couloirs se sont remplis de tous les jeunes gens de notre compagnie. Ils cherchent dans chaque bureau du butin. Ils me surprennent au bord des larmes, mais ils n'en voient rien. Ils sont heureux et ne peuvent voir que du lucre.

Cet an c'était ma voisine qui a gagné le grand prix, des sacs de « Pirate's Booty », une espèce d'amuse-gueule industrialisé en forme de maïs éclaté et couvert d'une sorte de fromage en poudre. Absolument dégoûtant. Elle en a mangé presque tout un sac, et ensuite elle m'a demandé si je pouvait lui faire la faveur de manger le reste.

Cette journée de parler comme un pirate est le seul jour où j'entends parler T. Après quoi, il entre dans le moule. Je ne sais pas comment l'accent pirate peut lui donner le courage de continuer, mais moi, quand je regarde le ciel bleu, je sens l'air le plus frais de l'année contre ma peau, j'ai envie d'écouter chanter Harry Nilsson et d'essayer un peu d'acide.