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vendredi 4 juin 2010

Une occasion mirobolante

Jeudi soir après s'être plainte du comportement de son chef, Chouchou m'a parlé d'un billet dans une colonne de conseil qui s'appelle Ask Amy. Une femme se plain de l'ingérence de la seconde femme de son père dans sa vie familiale. La femme veut un peu de distance entre elle et ses enfants.

Le conseil d'Amy est qu'il est très bien d'avoir 6 grand-parents.

Dans une autre lettre une belle-mère se plaint de ses beaux-enfants. Ils ne l'aiment pas. Selon elle, c'est injuste parce qu'elle a parfaitement pris ses responsabilités de mère dans la vie des enfants de son mari.

Le conseil d'Amy est que c'est la faute de son mari. Il lui fallait imposer la loi du respect sur ses enfants.

Récemment, les Gore ont divorcé après quarante ans de mariage. Dans une opinion du New York Times, Deirdre Bair nous explique que le divorce n'est ni un échec ni une honte, c'est une nouvelle chance. « Les gens changent et oublient de le dire à leur époux, » a expliqué une femme divorcée.

Souvent il arrive que les parents oublient de le dire aux enfants aussi. Pardon, j'ai mis mon propre avis dans ce résumé des articles. Les enfants des familles décomposées et recomposées ne tiennent souvent pas la parole. Ils sont les méchants.

Où en étais-je ? Ah, les gens changent et oublient de le dire. Parfait. Et au lieu de dire que chez ces couples il arrive une crise de communication où l'un et l'autre refusent de parler et de écouter, Mme Bair dit que l'homme ne voyait pas la femme, il ne la connaissait même pas. L'un qui ne voyait bien pensait que tout allait très bien.

Il y a une semaine sur La fabrique de l'histoire Emmanuel Laurentin nous a proposé le documentaire La comédie du Divorce. Il est difficile pour moi de saisir ce que j'ai appris de cette émission. Il faut copié un extrait de la description : L'opportunité de découvrir ce à quoi elles aspirent, mais aussi une blessure, un gouffre de questions, l'apprentissage de la solitude et le face-à-face avec les réalités matérielles.

C'est très bien. On évite les discussions pénibles. On cesse de se parler.

Quand les enfants pourront-il divorcer de leurs obligations familiales ? N'ont-il pas le droit à une indépendance que leurs parents ont obtenue ?

Ne vous inquiétez pas ! J'ai une réponse. La nouvelle génération a trouvé son chemin. Selon Judith Warner, il sont plus narcissiques que les générations précédentes, et bizarrement ils en sont plus heureux. Ils demandent le meilleur de tout, et même en pleine crise économique, même surendettés, ils s'imaginent un avenir radieux, juste comme leurs parents qui probablement viennent de divorcer.

Quoi faire pour les personnes qui n'en comprennent rien ? Selon Tara Parker-Pope, les uniques êtres qui tiennent aux idéaux de vivre ensemble sont les animaux domestiques. Vous voulez un tuyau ? Prenez chaque centime que vous avez et ouvrir un magasin d'animaux de compagnie. La demande sera mirobolante.

vendredi 9 avril 2010

Sancho Panza et Don Quichotte ne s'aiment plus

Cervantes avait de la génie de coupler le chevalier avec son écuyer, le long et mince avec le petit et rond, la folie des idéaux avec la sagesse du bon sens. Autrement dit, il a marié le ciel et la terre. Il a même mis ensemble le cheval mince et long, Rocinante, avec l'âne petit et trapu, gris-pommelé. Ensemble, ce pair inégal cherchait des aventures, l'un en quête de la valeur et du renom que mériteraient la dignité de son âme, l'autre en quête d'une île. En chemin, ils nous donnèrent le jour à une image de nous-mêmes en état de libération de tout dogme étroit.

Aujourd'hui, le divorce est partout. On ne voit plus le couple ensemble. Nous sommes des individus libérés de notre conjoint. Le divorce le plus criant est celui du corps. On ne met plus ensemble le rond avec le mince. On met chaque taille dans des catégories qui vont de l'anorexie à l'obésité, et dans chaque catégorie on se fait un score, qu'il dénote un attribut sur l'état physique--trop maigre, en bonne santé, enclin au diabète type II ou qu'il en décrit le charme charnel--trop mince, très sexy, grotesque, c'est selon sa profession, médecin, anthropologue sociale, journaliste, publicitaire, vedette de cinéma, faiseur d'image et surtout les blogueurs.

Dans la sphère privée, c'est nous qui choisissons l'image et puis nous l'interprétons. Souvent le choix se fait selon la manière de choisir un vêtement. Il faut se divorcer des images qui ne sont ni bonnes pour la santé ni désirés pour l'image de soi-même. Et on arrive à une image qui plaît à l'individu mais qui est plutôt hostile aux autres images. Mais cela ne se dit jamais. On est toujours obligé de choisir l'image. Si vous ne l'aimez pas, ou vous êtes trop préjugé ou vous vous appartenez à une autre catégorie, et comme ça vous n'avez ni le droit de voir le monde dans son ensemble ni le besoin de vous lier d'amitié avec le contraire.

Nous avons donné le jour à une liberté si individualiste et compartmentaliste qui finit par devenir banale, omniprésente et oppressive. Et c'est pourquoi, à notre époque, Sancho et son chevalier ne s'aiment plus.