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mercredi 1 septembre 2010

Aucun échange ce week-end

Depuis 2008, je parle par Skype avec des partenaires linguistiques. Ce week-end était le premier sans échange linguistique. Un, deux, trois échanges, c'est bien. Quatre, c'est beaucoup, cinq, six, c'est exaltant, mais trop. Zéro ? Ex nihilo nihil fit, zéro n'est rien.

Selon Lucrèce, rien ne vient de rien, ni retourne à rien. Selon les créationnistes, Dieu a crée l'univers à partir de rien. Moi, en tout cas, le monde existe. Il y a 6 milliards d'êtres humains sur la terre, dont environs 200 million parlent français. Je ne sais pas si nous avons été créés d'un matériau qui a toujours existé, mais ce week-end je n'en ai trouvé rien. Personne n'était disponible pour parler une heure, 30 minutes en anglais, 30 minutes en français.

Pour créer une vie sociale, il faut établir des liens sociaux. J'imagine qu'il s'appelle amitié, intérêt, ouverture, et curiosité. Et il faut se présenter, « Bonjour, je m'appelle Go. Je suis quadra. Je suis homme. J'aime lire et explorer le monde. J'aime Le Monde, la culture française, France Culture, France Musique, sa littérature, sa cuisine, son histoire, et, bien sûr, sa langue. Je peux vous aider à améliorer votre niveau d'anglais. Si on se parlait par Skype ? Je peux vous recommander des articles choisis de Le Monde et du New York Times, et ensuite on peut en parler. Ça va ? »

Est-ce que vous savez combien d'écueils y a-t-il dans cette introduction ?

Amitié, oui, mais pas trop. Intérêt, d'accord, pas plus que mon amour-propre. Ouverture, ce n'est qu'un mot qu'il faut dire. Curiosité ? Oui, mais ni indiscret, ni bizarre. Vous vous appelez Go ? Vraiment ? Ce n'est pas correct !

Quadra ? Quel mot rébarbatif ! J'ai beau répéter toutes les maximes roboratives qui nient ce qu'on est en train de vivre, l'âge est toujours la marque inconsciente des expériences gravées dans l'âme. Qui aime les marques, les signes, les rides et le gris ? Qui ne veut pas les effacer ou au moins les remplacer avec une histoire plus enjouée, enjolivée, rajeunissante ou jeuniste ?

Homme ? Excusez-moi. Je ris. Attendez juste un peu. Pas encore fini. Homme ? Attendez, attendez. Ça y était. D'accord, j'ai fini. Je connais un écrivain femme. Selon sa maison d'édition, on peut vendre 10 pour cent plus de livres si le titre contient le mot « femme ». C'est, à mon avis, une attitude femmiste. On voit cette attitude dans les profils de mon site dévoué aux échanges. C'est plutôt embêtant de lire, « Je ne veux parler qu'aux femmes » après avoir pesé chaque mot d'un profil. Souvent, j'ai été sur le bord de me dire, « Tiens, cette personne me semble intéressante ». J'ai conduis mon intérêt jusqu'au fond de l'impasse pour découvrir qu'on a dû mettre ce panneau à l'entrée du profil.

Est-ce que je dois changer le titre de mon billet à « Femmes, femmes, femmes, où étiez-vous ce week-end ? »

Le reste de ma présentation attire de temps en temps un preneur plutôt fier de leur culture. Je parlais avec un jeune étudiant de droit de Lille. Il m'a choisi parce qu'il n'aimait pas l'hégémonie culturelle américaine. Après quelques conversations, il est allé en Angleterre. J'espère qu'il parle anglais aussi couramment qu'il le veut. Une fois, une femme, qui aimait Zadie Smith et Michael Cunningham, m'a demandé ce que je lisais. Je lui ai répondu Don Quichotte, et après deux tentatives d'établir le contact, rien plus. J'ai échangé avec une belge, qui adorait la culture française aussi. Je lui ai écrit que sur le programme Chanson boum de France Culture on a présenté la musique de Presqu'oui, et plus rien. Marie m'a écrit qu'elle aime l'histoirie. Je lui écris, « moi aussi », et plus rien.

Mon Dieu, où est-ce que je veux en venir ? Grosso modo, je vois dans ce site toute l'humanité qui chasse le contact avec le monde extérieur, mais je découvre que les soucis quotidiens des quadras, les évolutions tumultueuses des jeunes, la facilité, les autres intérêts, et le manque d'intérêt empêchent le moindre contact. J'ai eu plus de 50 rencontres avec les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, les français, les belges, les québécois, une Suisse (mais elle est en vacances, elle est toujours en vacances !) Chaque rencontre est une expérience formidable, mais au bout du compte, elle finit souvent par une déception.

Ben, cela m'est égal. J'ai rencontré quelques amis, P, Sancho, M, et R. J'ai parlé à Moi et à M. L'eau-d'eden. (Si vous n'avez pas lu ces billets, je les recommande. C'est si vous avez le temps.) J'ai souvent parlé à C., mais il semble que lui, père de trois enfants et entrepreneur, n'a plus de temps. Si je le contacte, il me dira « demain, j'essaierai », mais il n'a jamais assez de temps. C'est dommage, parce que lui et moi, nous avons eu de bonnes conversations. Au début de notre correspondance, juste pour rire, je me suis présenté comme un échangiste linguistique. Il n'a pas ri, et on a passé aux autres sujets. Je ne le dis plus.

Grosso modo, tout va bien. M, P, R et Sancho retourneront un jour. Il ne faut que patienter. En attendant, je suis encore et toujours essay-iste.