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dimanche 6 mars 2011

Des amours d'une nuit ou plus en six mots

Je n'ai jamais rêvé d'avoir un amour d'une nuit. Que j'étais tout seul avec un amour imaginaire ou que dans une nuit d'été dans un bar j'ai rencontré le regard d'une jeune femme qui m'a suivi jusqu'au seuil d'un appartement, je n'en dirais rien sur les nuits où je n'ai pu dormir. D'ailleurs, je ne m'intéresse pas à rappeler le temps où je tombais amoureux si vite et profondément que je me perdais dans une rêverie douce et heureuse pendant des heures, jours, mois et ans. Si j'ai un brin de nostalgie sur ces temps, c'est l'inventivité perpétuelle de mon imagination. Hélas comment je m'enlise dans la routine, et je ne parle même pas du travail. C'est mes loisirs, mon étude du français, la lecture des journaux, la culture contemporaine, tout cela m'ennuie et m'assourdit tellement que je me sens abruti. Parfois Chouchou me demande des questions comme « Tu veux aller dîner ? » et je réponds mécaniquement « Sais pas. » Quand je parle, j'entends faire ma voix les mêmes intonations dans les mêmes interrogations et les mêmes plaintes. Je me demande qui va s'intéresser à moi, si mon esprit s'éloigne et s'absente de mon corps. Je pense l'entendre me dire « Mais pourquoi tu te laisses t'enliser dans la routine ? Invente quelque chose ! »

Malgré cette commande, je retourne aux vieilles habitudes. Je continue à faire des listes d'articles pour parler aux correspondants Skype qui m'ont abandonné il y a longtemps. Pourquoi collectionner des articles sur le multiculturalisme, une biographie de Cioran, la peine de mort, les voyants, les izakaya, la folie des parents qui prennent une photo de leurs enfants à chaque instant, la mort agonisante de Little Italy à la ville de New York, la situation désespérée des syndicats publics américains et des pauvres gens dans le Vermont, et enfin des fumeurs à la ville de New York qui font pousser du tabac dans leur jardin pour rebeller contre une société qui veut les écraser comme on éteint un mégot dans un cendrier ? Dès que je prononce une phrase comme « J'ai lu dans Le Monde ou dans le New York Times, que ... » je peux voir que l'élan spontanément né dans mes propos irait se heurter à un mur d'indifférence ou d'ignorance. Je m'arc-boute contre le choc, le sourire s'estompe un peu et ensuite j'entre dans le moule.

Mais ce soir je veux écrire quelque chose de nouveau, de ludique. Je vous propose un simple exercice que j'ai trouvé dans le New York Times. Écrivez pour vous-mêmes, si cela vous tente, d'écrire une histoire d'amour en six mots.

En voilà trois.

Avec les mots, j'étais toujours timide.

Moments, heureux près d'elle, tristes loin.

Paulun, Sir-Vent, moi mitoyen, Pauldeux, Suivant

Et alors, il ne me reste que quelques lignes pour décrire toute ma vie amoureuse. Et vous ? Combien de lignes avez-vous à écrire ?

samedi 11 septembre 2010

Et plus si affinités

Il n'est plus là. Je l'ai écouté hier, seulement une moitié de l'émission, mais aujourd'hui il n'est plus là. Mince alors ! France Culture, pourquoi tu me tourmente ainsi ?

Mais bon. Je vous demande pardon. J'ai promis la suite de mon histoire de mes vacances à Nîmes. J'en ai écrit un écheveau de mes pensées, et maintenant je les démêle. Entretemps j'écoute des personnes qui semblent n'avoir aucun problème de s'exprimer bien. Hier, j'ai écouté deux émissions de France Culture dont l'invitée, Dominique Baqué, a tissé un lien implicite entre deux tendances sociétaux, les affinités sur la Toile et les cougars.

Dans ces émissions, Mme Baqué, écrivain, critique à Art Press, nous a décrit ses expériences dont elle a écrit dans ses livres "E-love : petit marketing de la rencontre" et "Désintégration d'un couple". Tout d'un coup, à part les recherches de l'amour, j'ai enfin compris un peu plus sur la nature des rapports hyper-connectés. A mon avis, le sort des êtres humains livrés à eux-mêmes est le même. Socrate pensait que les Sophistes prisaient plus le discours creux que la philosophie. Shakespeare a décrit le narcissisme de Richard II, le mal absolu de Richard III, le nihilisme du roi Lear et l'absence de la vérité qui entourait Hamlet. Tous les maux d'aujourd'hui ne sont ni nouveaux ni imposés par la Toile. C'est la mise en scène de soi-même et de ces malheurs qui est de plus en plus criante, choquante et assourdissante.

Aux États-Unis, la Toile serait toujours le meilleur des mondes. En France, on en parle, en fait des débats, et en pose des questions. Je l'adore. Et je pense bien de vous présenter les émissions que je viens d'écouter.

Au cas où vous ne supporteriez ni la mise en scène des idées d'Alain Finkielkraut -- il a la tendance de ponctuer ses phrases de pauses significatives--, ou au cas où vous n'auriez pas le temps d'écouter une émission de 45 minutes, je vous décris ce que j'en ai saisi.

Dans la recherche des liens sociaux ou dans la quête de l'amour, Mme Baqué a rencontré des hommes l'un après l'autre qui ne cherchaient que le plaisir sexuel. Selon eux, la Toile offre aux hommes un hyper-marché de consomption sexuel dont la monnaie serait un discours formaté, superficiel et fun et où la devise dominante serait « il n'y a pas de mal dans la recherche du bien. »

A mon avis, je vois dans ce témoignage une sorte d'épidémie où la conscience humaine est de plus en plus sous l'emprise de la banalité, des désirs et des pulsions. En fait, une fois je parlais des rapports hommes-femmes aux hommes âgés et divorcés. Ils ont dit que la seule manière de parler aux femmes étaient de leur mentir. J'en ai été frappé de stupeur d'autant plus que plusieurs hommes ont déclaré cet avis avec la même conviction. Après notre conversation, j'ai pensé qu'ils manquaient un peu de maturité, mais maintenant je pense que l'on est formé et mené à vivre cette obsession sexuelle comme elle va de soi, tandis que l'on ignore de plus en plus le plaisir d'une rencontre lente et ouverte dans laquelle les pulsions et la peur sont maîtrisées. Leur point de vue m'a rendu triste parce que j'ai vu ces hommes-là, qui étaient sensibles et intelligents, condamnés à une isolation à perpétuité, parce que l'on ne peut ni se lier d'amitié ni tomber amoureux, si on est assujettis aux désirs aveuglants.

J'en ai parlé à Chouchou de cette émission. Puisque les femmes doutent toujours la fidélité des hommes, elle m'a demandé, inquiète et interloquée, si je faisais mes courses dans cet hyper-marché informatique. Est-ce qu'il y a une tentation de voir les choses comme ça ? J'ai dit non. Je ne traîne pas. Mais il faut dire qu'au sein des associations basées sur la Toile, il y a un manque de contexte dans les rencontres qui peut mener exactement à une vacuité dans les relations humaines. Souvent, quand j'étais entouré des pèlerins de plaisir, en proie de fun, ou sous l'emprise de la propagande, je me sentais accablé sous le poids d'une dépendance généralisée. Il me faut m'échiner pour ne pas courber l'échine et garder ma dignité.

La plupart du temps, j'abandonne, juste comme Mme Baqué. Même si elle est toute seule après avoir subi le choc profond d'un divorce douloureux, elle ne s'en remet plus à la Toile. Elle sait ce qui l'attend, les mensonges de l'hyper-marché de consomption sexuelle.

A mon avis, la Toile semble comme la vieille torture de Tantale réinventée.

Mais comment est-ce que les cougars sont liées à l'hyper-marché sexuel ? Selon les invitées de l'autre programme, tout d'abord l'étiquette « Cougar » est tout à fait méprisante, déshumanisante et abrutissante. Elle donne l'impression que ces femmes sont tellement assujetties à leurs pulsions qu'elles ne sont qu'un animal. 

Je n'ai écouté qu'une moitié de ce programme. Par conséquent, je ne sais pas s'ils ont parlé de l'idée que les cougars représentent une sorte d'émancipation sexuelle pour les femmes. Dans le blogue d'une certaine incertaine, elle a écrit un billet dans lequel tout le monde est d'accord avec l'opinion suivante : si les hommes veulent se conduire comme des animaux écervelés, il s'ensuit que les « cougars » doivent avoir le droit de faire pareil. J'y ai laissé un commentaire dans lequel j'ai assimilé les cougars aux rhinocéros d'Ionesco. Quelqu'une m'a répondu, obliquement. Selon elle, puisque Molière a écrit des pièces de théâtre où les hommes faisaient la cour aux jeunes femmes, il serait temps que les femmes assument leurs droits aussi. Comme d'habitude j'ai abandonné cette certaine incertaine, après avoir écrit un billet sur son billet. Je ne voulais même pas dire que Molière, dans L'École des femmes, a ridiculisé Arnolphe, le protagoniste, parce qu'il voulait imposer son amour à une très jeune femme. J'ai renoncé à revisiter son blogue. Perte de temps.

Heureusement, sous la plume de Molière, la jeune femme a eu la sagesse de défaire les desseins d'Arnolphe, qui semblent terriblement pareils aux promesses formatées et stockées dans les rayons de l'hyper-marché de la consomption sexuelle. Mme Baqué a dit que l'acte le plus subversif d'aujourd'hui serait d'afficher ses sentiments pour lutter contre ce fléau de brutalité. J'ajoute que la réflexion et la maîtrise de soi seraient aussi les vertus subversives. N'étaient-elles pas considérées il y a belle lurette comme la garantie de l'égalité ou du bonheur ?

mercredi 14 juillet 2010

La vie à l'époque des pumas

Mon ennui est devenu accablant. Je demeure paralysé devant l'écran de mon ordinateur pendant des heures. Je dois travailler au travail. Je dois faire la cuisine, lire et écrire à la maison. Je dois m'intéresser à la vie, mais rien ne m'intéresse. La rénovation de la cuisine ? Non. Mon Dieu, je suis plutôt satisfait avec celle que nous avons. Oui. Pour revendre la maison, il faut rénover chaque pièce. Enfant d'une famille en faillite et divorcée que je suis, je n'en vois pas l'utilité. Je suis de la même avis de notre femme de ménage qui nettoie la maison tous les 15 jours. La cuisine nous plaît comme elle est. Or selon le diktat du marché mobilier, des voisins, de la mode, de l'opinion des gens qui prétendent d'avoir les moyens pour s'en vanter, il faut rénover, et on ne peut pas être satisfait avec notre cuisine.

Nous avons reçu les avis de cinq boîtes de rénovation. J'ai demandé l'avis de mes amis. Quand je parlais à mon père, je lui ai demandé ce qu'il fallait faire. Tout le monde en unisson a dit, qu'il faut dépenser de l'argent. Certains ont dit qu'il serait facile. Autres ont dit qu'il serait un cauchemar. Dès le début, c'est un cauchemar. Les boîtes de rénovation nous voient comme un pigeon. Leur but est de vous voler toute votre argent pour le moindre travail. Nous avons fini par choisir une boîte qui semblait intéressé plus par le projet que par les intérêts commerciaux.

Chouchou est aux anges. Enfin une cuisine rénovée. Je me vois tiré dans une suite interminable de décisions sur les couleurs, les matériaux, les prix, les contrats. Il prends tellement du temps, que je finis par me sentir un peu asservi. Comment dire ? Je me sens que la plupart de mon temps que je donne aux autres n'est jamais rendu d'une manière satisfaisante. Au boulot mon temps est rendu en argent, à la maison en choses. Et il faut le dire, je m'ennuie tellement que je me sens au bout du rouleau.

Ma vie est une perte illimitée du temps.

En revanche, le dîner que je prépare m'est important. Sans aucune amertume, je fais la cuisine, je fais les courses. Sans aucun doute, Chouchou et moi avons un mariage basé plutôt sur les activités dans la cuisine et la chambre. A part de cela, j'ai mes correspondances, j'essaie d'écrire, j'assiste aux réunions des associations. Elle a sa musique et sa télévision. Quelquefois j'assiste à ses concerts, et chaque an je l'emmène en France.

Et voilà, pour moi la vie est la cuisine, la France, les livres et les correspondances. Pour Chouchou, la vie est la propreté, la maison, la télévision et la musique. Nos vies se mêlent, mais pas souvent. Par exemple, il y a deux jours, elle mettait une pièce en répétition. J'écrivais ou lisais, et au milieu de sa répétition elle m'a demandé, « Comment est-ce que tu supportes le bruit que je fais ? Cela m’énerverait. » J'ai dit que ce n'était rien. En fait, je suis très content qu'il y ait de la musique dans la maison.

Ce qui m’énerve est la maudite télévision. Mon Dieu je la déteste, mais je n'en dis plus rien. J'ai essayé, mais la télévision est son Dieu fâcheuse. Il est impossible de se vouloir plus important que cet objet fétiche. Desparate Households, Gray's Anatomy, The Good Wife, NCIS, NCIS : Las Vegas, America's Got Talent, CSI : Miami, CSI : NY, Brothers and Sisters, Chuck. Jésus, la liste est illimitée. Je ne comprends pas du tout combien de temps on peut regarder la télévision. Moi, j'essaie de lui parler de ce que je fais, mais les sujets des livres ne l'intéressent pas.

Hier soir, je lui ai dit, « Tu sais, je ne suis pas allé à la réunion du groupe de lecteur ? J'en ai marre. Les gens de ces groupes, oh, je ne peux pas leur parler. » Elle a dit, « Pauvre Go. » J'étais dans une stupeur, un peu déprimé. Je me suis pensé qu'il fallait parler, sinon je sombrerais plus longtemps et plus profondément dans ma lassitude. « Nous lisions Le Phèdre de Platon. Tu sais ? Je t'en ai déjà parlé. Tu ne t'en souviens pas ? Alors, Platon nous demande s'il est plus sage pour un homme d'aimer celui qui est amoureux ou celui qui ne l'est pas. Selon les discours de Lysias, l'homme amoureux serait trop jaloux. Il voudrait réduire à l'esclavage son bien-aimé. Il essayerait de l'isoler de ses amis et de sa famille. Il lui emprisonnerait dans son amour, tandis que celui qui n'est pas amoureux laisserait faire ce qui l'homme chéri veut faire en toute liberté. Tu vois, à l'antiquité grecque il n'y avait pas de grande différence entre l'amour et l'amitié. Tout le livre nous a l'air un peu bizarre, mais si on imagine qu'il s'agit de l'amitié ou de l'amour entre un homme et une femme, il y a encore une résonance à notre époque. Les féministes, ne disent-ils pas que les hommes réduisent à l'esclavage les femmes au nom de l'amour ? Tu te souviens ce que je t'ai dit de la dernière réunion. J'ai suggéré au groupe que les personnages dans le livre House of Mirth ne pouvaient aimer. Ils s'intéressaient trop à l'argent. Chaque lien social, chaque minute passée avec quelqu'un d'autre a été passé au crible pour voir si on pouvait en tirer une avantage économique. La protagoniste, Lily, n'a pu se marier parce qu'elle était incapable de tomber amoureuse. Et quand j'ai dit cela, toutes les femmes du groupe ricanaient en entendant mon commentaire. "Tomber amoureuse !" s'est avec mépris échappé une des femmes. »

Chouchou ne savais quoi dire. J'ai donc dit, « Alors, qu'est-ce que tu penses ? Faut-il choisir l'homme qui t'aime mais qui veut te dominer, parce qu'il est jaloux, comme toi, ou faut-il choisir l'homme qui n'est pas amoureux ? »

« Qu'est-ce que Platon dit ? » elle m'a demandé.

« Il dit qu'il faut choisir l'homme qui est amoureux, parce que l'amour est une folie divine. L'art, la musique, l'inspiration des oracles, et l'amour sont réalisés grâce à la folie divine qui transgresse l'ordre humain, tandis que la télévision, la bruit de la ville, la lassitude et l'indifférence, c'est l'existence sans la grâce divine. Alors, choisir l'homme amoureux ou l'homme qui n'est pas amoureux ? »

« C'est mieux d'aimer tout le monde. »

« Ah, tu es tout d'un coup devenue très chrétienne. Tu aimes aussi les catholiques ? Même le pape ? »

« Non, je n'aime pas la religion, mais j'aime les catholiques. J'essaie d'aimer tout le monde. »

« Mais, écoute, eh, tu ne t'intéresses pas du tout à ce sujet, n'est-ce pas ? Je dois laisser tomber, non ? D'accord. »

Après un instant, elle a dit qu'il fallait choisir un comptoir et des carreaux pour la cuisine ce week-end. J'ai hoché la tête, et puis j'ai sombré dans la dépression.

« C'est à toi de nettoyer la cuisine. Merci. »

J'ai dit d'accord et ensuite j'ai débarrassé et mis la vaisselle dans l'évier. Je n'avais pas envie de rien. Elle s'est installé dans le canapé pour regarder la télévision. Je me suis installé devant l'ordinateur. Puisque mon ennui m'accable ces jours, je surfe de plus en plus sur la Toile. Je parcours les blogues, et je sais que c'est une perte de temps. Je le fais quand même. Je suis tombé par hasard sur un billet intéressant qui s'appelait « Femmes et pumas ». Dans le billet, une femme découvre que ses amies sortent avec des hommes qui ont l'âge de leurs enfants. La découverte lui fait sentir « dépassée, vieille et ringarde, plus du tout dans l'air du temps », et elle se demande exactement la même question que Platon nous a posé il y a 2 400 ans. Faut-il choisir celui qui est amoureux ou celui qui est un jouet sexuel ?

L'égalité des sexes a raison sur nous. Puisque on voit les hommes mûrs avec les filles chez Molière (L'école des femmes, peut-être ?) il s'ensuit que les femmes mûres doivent tomber dans les bras des jeunes hommes.

Je ne sais pourquoi, mais j'ai laissé un commentaire. C'est une perte totale de temps. Serait-il que je sois la seule âme où les dieux peuvent mettre leur folie ?

vendredi 21 mai 2010

L'imagination perdue


Le cosmos est une pensée qui ne se pense pas, suspendue à une pensée qui se pense.

Les préjugés occupent une partie de l'esprit et en infectent tout le reste.

Malebranche
Je n'ai su choisir une seule citation de Malebranche, parce que j'ai passé toute ma vie en ignorance totale de sa philosophie. J'ai passé toute ma vie en ignorance totale de l'effet "Madame Butterfly", et tout d'un coup grâce aux Nouveaux chemins de la connaissance et 360 documentaries, j'ai rencontré tous les deux pendant une semaine.

La dernière fois, j'ai parlé de l'effet "Madame Butterfly". Bref, certains hommes occidentaux ont une folie pour les femmes orientales, et certaines femmes orientales n'aiment plus les orientaux.

Chouchou, ma femme, est japonaise. Mon ami juif, ses parents venus aux États-Unis pendant la deuxième guerre mondiale, s'est marié avec une coréenne, qui a quitté la Corée pendant la guerre civile coréenne. Mon ancien ami des parents catalan et cubaine, qui a dû quitter l'Espagne à cause de Franco et fuir Cuba à cause de Castro -- il m'a planté sans mot dire après une discussion qui a fini mal sur Elian Gonzalez; je n'ai jamais vu une personne si émue par la haine d'un état où il n'a jamais mis le pied -- s'est marié avec une philippine. Elle est venue aux États-Unis pour travailler. L'un de mes meilleurs amis (j'en ai deux) s'est marié avec une Vietnamienne. Il a fui le Vietnam pendant la chute de Saigon.

Désolé mon ami, mais selon la logique extrapolée de Masako Fukui, tu souffres doublement de l'effet "Madame Butterfly", parce que tu apprécies les occidentales et tu t'es marié avec une vietnamienne.

Chouchou pense comme Mme Fukui. Il y a quelque chose de bizarre que tous mes amis se sont mariés avec des femmes asiatiques. Selon elle et Mme Fukui et la plupart de l'humanité, les orientaux et les occidentaux doivent se marier avec les orientales et les occidentales. En outre, il faut parler juste à ses semblables. On peut le voir même dans la Toile qui prétend d'être un lieu d'échange, de mélange, d'ouverture d'esprit. Bidon. Les femmes parlent dans des cercles étroits et resserrés selon leur manière. Les Québécois se parlent dans les messageries. On vous dit bonjour, peut-être, mais à fur et au mesure, on voit qu'il y a des affinités très rigides qui excluent une mixité. C'est-à-dire une mixité qui m'inclurait.

Je m'écarte de mon sujet.

Je pense comme Malebranche. L'amour, l'amitié, l'apprentissage, la vie, et leurs contraires--la haine, l'indifférence, l'ignorance, et la mort, naissent de l'imagination. De plus, on s'imagine un avenir. La réalité vous corrige parfois brutalement. Et on se remet à rêver, à remplir le vide présent avec les mémoires du passé, avec les espoirs de l'avenir, et avec un amour mutuel et impossible d'un époux qui, si vous avez de la chance, ne vous pense pas un peu bizarre à cause de votre folie dont toutes et tous souffrent. Parfois, la rage, la haine, les bonnes causes, et la folie ont raison de nous. Je soupçonne que faute de remède de notre mauvais emploi de l'imagination, on a inventé la chère politesse et le respect noble comme un cache-imagination élégant.

Et maintenant j'arrive à la fin de l'émission où Mme Fukui nous a conseillé d'apprécier l'autre comme il l'est. Exactement. Malebranche a dit la même chose il y a 350 ans, sauf qu'il aimait l'imagination. Aujourd'hui, je crains qu'on ne veuille nous corriger de nos défauts par la suppression totale de l'imagination. Est-ce que vous appréciez les femmes orientales ? Mais ne vous imaginez pas une vie ensemble basé sur les stéréotypes fantasmés ! Voilà votre texte. Lisez ces lignes ! Après le signal ! Et ... je ne sais les mots en français...

Tous mes amis, tous, sont des immigrés. Moi-même, immigré, mais jamais, jamais installé. Pas vraiment. Nous avons tous une histoire d'errance. Elle est souvent oubliée, mais elle est là. Elle nous guette. Et nous avons du mal à nous adapter à ce monde qui nous a vomis d'un pays à l'autre. En chemin, nous avons regardé de jolies femmes de tout poil, souvent à poil. Et nous nous sommes mis à nous imaginer un rencontre, un amour, une vie.

Malheureusement, les divertissements d'aujourd'hui adorent nous taquiner avec un jeu de culpabilité et peut-être un peu de jalousie.

Si vous n'aimez pas ce billet, blâmez mon imagination, pas moi, s'il vous plaît. Mais en tout cas j'imagine qu'il est vraiment trop tard. Qui lit ces balivernes ? Il est mieux de rester chez soi, parmi ses semblables, parmi les pensées, les mots et les amis convenables. Ne souffrez plus de votre mauvaise imagination !

J'ai pas mal d'amitiés basées sur l'échange linguistique et dont je suie énormément fier. Grosso modo, ils sont probablement un peu isolés, un peu loin du norme à cause de la géographie, de l'âge, de l'esprit actif, et de la curiosité. En tout cas, ils ont une imagination, et ils l'utilisent.

J'ai une seule amie française que j'ai rencontrée à une réunion de l'une de ces maudites associations qui se targuent de la sociabilité mais ne sont qu'un lieu bizarre pour les personnes en quête d'un rencontre amoureux. Dès le début, et malgré toutes les différences--et il y en a !, nous nous entendons très bien. Elle est juive.

Je ne vante pas de ces différences, mais au bout du compte, je me pose la même question de Mme Fukui. Pourquoi est-ce que je ne trouve jamais d'amis parmi toute cette maudite normalité ? Soit il ne me reste plus d'imagination, soit il n'en reste plus à la grande majorité de l'humanité.

Est-ce que vous pouvez imaginez une autre conclusion ?

mercredi 31 mars 2010

Le regard d'un oiseau de prison

Avant de conclure l'histoire des oiseaux du bureau, je fais une pause pour parler d'un autre oiseau. En anglais on dit qu'un oiseau de prison (ou jailbird) est un taulard. Imaginez-vous le drôle de regard que ces oiseaux de prison font quand leurs financés ou copain leur rendent visite.

Selon Larry Smith, qui a écrit sur ses visites conjugaux dans la prison où sa financée purgeait sa peine de 15 mois, il n'y a rien de plus magnifique. Non, on n'avait pas le droit d'avoir des relations intimes dans la prison à sécurité minimale, mais il semblait que le contretemps d'être privé de son amour lui convenait. Il pouvait faire les sacrifices pour prétendre un amour sans limite, et il n'avait à le faire qu'une fois par semaine ou moins. Mais la chose la plus surprenante de l'histoire était comment il a reçu les nouvelles que sa financée était en effet une taularde.

Elle lui a appelé et dans une voix ébranlée, ce qui ne lui était jamais habituel, lui a ordonné, ce qui me semble tout à fait habituel, « Il faut parler, immédiatement. » Tout d'abord il a pensé qu'elle allait lui engueuler sur la dernière bêtise qu'il a commis à son insu. Mais, non. Il avait la chance cette fois-ci. Elle allait en prison.

J'ai lu l'article deux fois. La chose la plus essentielle semble de savoir juste exactement ce qu'elle a dissimulé derrière tous ses airs d'une jolie blonde ingénue et innocente mais agressive, audacieuse, et aventureuse. Selon lui elle n'était que jeune et stupide à l'époque où elle a commis ses actes de blanchissage d'argent en passant son temps avec les réseaux de trafiquants de drogue. Il n'a pas dit qu'elle était intelligente, mais il a cité le nom de son pedigree prestigieux. Elle a obtenu son diplôme de Smith College, qui est l'une des meilleures institutions éducatives privées aux Etats-Unis. Pour y assister un an il faut payer plus de 37 000 dollars par chaque tête éduquée. Et dire qu'elle y assistait et fréquentait les trafiquants de drogue en même temps. Audacieuse et talentueuse, n'est-ce pas ?

Mais l'amour, qui peut l'arrêter ? Je n'oserais pas. Tout ce que je veux demander à ce mec Larry Smith est ce qu'il voit quand il la regarde dans les yeux ? Il a dit qu'elle n'est plus comme ça. Soit. Mais comment est-ce qu'il le sait ? Et avec tant de confiance ?

Moi, je l'avoue. Je regarde les filles dans le métro, dans l'épicerie, dans le bureau. La grande majorité du temps, il est impossible de les regarder. Elles m'ignorent ou m'évitent. Soit. Mais je reste curieux. Qu'est-ce qu'elles pensent ? Souvent j'ai le même sentiment d'angoisse quand je parle à une membre de la gent féminine. La conversation semble toujours virer vers ma culpabilité et quand je les regarde dans les yeux c'est toujours le même énigme. Qu'est-ce qu'elles pensent ? Et comment est-ce que je peux enlever cette tâche de saleté qui semble me coller chaque fois que je parle à une femme ?

Mais après avoir lu cet article, je me demande désormais « qu'est-ce que vous dissimulez derrière toutes les reproches, les récriminations et l'agressivité ? Est-ce vraiment l'amour ? Ou est-ce tout cela juste les chants des oiseaux de prison ? »

Oh, je sais que je suis injuste. J'ai bien échoué dans ce billet, mais l'énigme, mystérieux et vaste, dépasse l'horizon de mon esprit.

Prochaine fois, c'est promis, je conclue mon histoire des deux oiseaux du bureau.