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jeudi 22 juillet 2010

Exercice d'écriture : 15 minutes avec Rendu Braque

Combien de mots puis-je écrire dans 15 minutes ? On verra.

Cette semaine j'ai commencé des billets que je n'ai pas pu terminer. Chaque fois je commence, je me perds dans l’enchevêtrement de mes pensées. Si je me perdais ainsi, pourriez-vous imaginer le choc des lecteurs qui essaient de me lire ? Quand même, serait-il vraiment impensable de me dire d'être un peu perdu dans tout cet amas de mots ? J'imagine que l'on veut être avec une grande conviction d'accord ou pas d'accord. Serait-il d'autant plus impensable de dire que l'on s'ennuie en lisant mes paroles ?

Hier soir, j'ai vu le film la journée de la jupe. Contre mon gré, j'étais tout à fait d'accord avec le film propagandiste. C'était de la propagande pure et dure. Le film se voulait la dernière voix de la raison dans un monde sans boussole, et je l'ai écoutée. Je l'ai absorbée. Je me suis énervé. J'ai rêvé. Et dès le début, je savais que le film voulait me tirer par les oreilles en hurlant les principes oubliés de la république française. Serait-il tellement impensable d'être tellement ambivalent ?

Ça y était. 15 minutes. A bientôt, à peu près.

samedi 22 mai 2010

L'ambivalence infinie


Par temps calme, nager au large est une affaire aussi simple pour un nageur entraîné que de voyager dans une voiture suspendue pour un terrien. Mais l'affreux sentiment d'abandon est intolérable. L'intensité avec laquelle l'être se ramasse en lui-même au sein d'une aussi cruelle immensité, Seigneur, qui peut la dire ?

Moby Dick, Melville


Je n'ai pas retenu grand chose de Moby Dick excepté le chapitre 93, le naufragé. Le cuisinier du Pequod, abandonné en pleine mer, est devenu fou. Hors de la sécurité de la navire, voyant l'infini cruel au même temps que le monde civilisé l'abandonne, l'âme noble et simple serait anéanti.

En quelque sorte, cette semaine, j'ai été entraîné dans l'infini et dans l'abandon. Et pendant l'écriture de ce billet j'ai été corrigé à deux reprises. Le monde n'est pas aussi mauvais que je l'imagine. Il est mauvais, injuste, cruel, mais il y a des bons, des justes et des aimables. Je broie souvent du noir, mais je dois me souvenir du fait qu'il existe des personnes qui tiennent encore aux valeurs des lumières, qui essaient d'échapper aux contraintes de la société du spectacle. Au nom de ces personnes qui ont le courage de croire dans l'imagination, je vous demande de monter à bord avec moi. Je vous mène en bateau. Dans notre voyage, tout est faux, tout est vrai. Dans notre époque post-moderne, les prophètes de cette idéologie qui ont l'air d'être en trance diraient que je m'approche de l'indéfini. Non, je noie dans l'ambivalence vagabonde.

Depuis le début de mon projet d'écriture, j'ai des espoirs de parfaire mon français, parce que dans la prochaine évolution de ma vie, je serais professeur de français. A vrai dire, c'est déjà trop tard. Je vais finir ma carrière dans un endroit qui est pour moi une perte de temps, tandis que mes collègues qui travaillent 60 à 70 heures par semaine pleureront à la fin de leur carrière. Chaque jour, je vais au bureau, je fais mon travail, et je rentre. Les autres ne font pas d'autre chose, mais il semble qu'ils s'apprécient et qu'ils trouvent ce que Flaubert dirait du vrai, tandis que je ne trouve que du faux.

Cela dit, mon blogue est, en quelque sorte, une évasion. Une définition de moi-même. Tantôt j'écris des billets drôles, tantôt de très graves, et je veux que le fruit de chaque hémisphère de mon cerveau plaise également aux lecteurs. Je suis bouffon. Je suis dramatique. Or je suis braque. Je suis férocement indépendant, mais je me gâte facilement. Je tiens à l'idée d'un centre, d'un équilibre, des valeurs de l'équité, de la laïcité, de la justice et de la solidarité, tandis que on me prend pour un déséquilibré. (Le mot utilisé le plus souvent en anglais est freak ou snob.) Je tiens à la littérature classique. A mon avis, si on ne lisait que Shakespeare et Cervantès, cela suffirait. En fait, cela nous améliorerait. Oh, je suppose qu'il faut inclure des écrivains francophones. Mais qui ? Je plaisante mes lecteurs francophones, mais en fait, je ne saurais choisir. Qui ? Il y a un contraire de mon classicisme ? Dans ma jeunesse, je ne parlais que de la musique punk et new wave, mais maintenant on considère ces bandes classique. Pas de remède à cette maladie classique.

Revenons au sujet. Mon blogue est l'expression la plus sincère de mon âme. Et la plus raffinée dont je suis capable. Je fais des échanges linguistiques par Skype sur lequel j'ai écrit plusieurs fois, mais pas assez souvent que je veux. J'ai à plusieurs reprises essayé d'établir une correspondance par courriel, mais peu à peu, les correspondants se lassaient du projet et puis se sont arrêté net sans explication. N'est-elle pas morte, la correspondance ? Elle a certainement évolué.

En tout cas, mon blogue est le premier pas vers un avenir imaginé. Comme Don Quichotte, je pars en blogue d'imagination et en quête d'aventures. J'espère arriver à quelque part, mais comme Don Quichotte quand l'imagination heurte à la réalité, le résultat est parfois douloureux et décevant.

Je sais que Cervantès dirait que ... Non, en fait, Cervantès est loin au dessus de ma tête. Est-ce qu'il voulait justifier sa vie d'errance dans laquelle il a été vendu et a passé cinq ans comme esclave ? Ou voulait-il simplement en écrire pour en rire un peu ? Ne se voulait-il pas drôle d'écrire un personnage qui se vantait tout le temps de la puissance de son bras, tandis que son créateur avait un bras estropié ? Je ne sais répondre à ces questions, mais le livre m'a donné envie de voyager. Et j'ai bien entamé mon voyage virtuel il y deux mois.

J'ai laissé maints commentaires dans les blogues pour me lier avec le monde virtuel. Et cela implique beaucoup de travail de tri parmi tous les billets. J'ai lu blogue après blogue qui ne contenaient pas un atome de conscience plus large que leur petit monde. Des bataillons de femmes font voir leurs scraps (albums de coupures), leurs photos de familles et de bébés. Parmi cette légion, il advient un peu de grâce dans leurs impressions, mais comment se fait-il que l'espèce humaine se borne à transmettre toutes les sensations d'une vie dans une collection de photos, de bandes dessinées, de clips, de scraps, d'histoires de vie de merde, de fétiches, d'images de vedettes, d'opinions opiniâtres, de propagande... j'ai oublié le reste. J'ai donc fait une expérience. J'ai fait un tour du blogosphère en faisant un clic sur le lien « Next Blog ». Essayez-le une fois. Je continue... de sketches, de poèmes souvent décousus, d'étalage des produits commerciaux, de vêtements chouettes, de choses trouvées, d'aventures alpinistes, cyclistes, extrêmes, de régimes pour la santé ou pour l'entrainement, de rock'n'roll, de la musique hip hop, de voyage, d'aventures des femmes de ménage, d'aventures amoureuses, d'aventures scandaleuses, d'aventures XXX, de films qu'on a vus, de jeux vidéo, et de très petits textes.

Il y en a d'autres sur les faits divers de sa propre vie. Ils sont plutôt rares. Je suppose que mon écriture fait partie de ce genre, mais il y a un aspect de vide. Tantôt les billets sont courts, comme un enfant qui crie vertement sa douleur et ensuite se tait, tantôt, ce qui arrive beaucoup plus rare, ils sont longs, mais pas forcément avec un but en tête, comme on se parle à soi-même et de soi-même, comme je le fais. Il faut les pardonner.

C'est les blogues où il arrive une transmission honnête de l'âme que je sème mon grain de sel. Et je m'attends que ce grain germe. Quand les commentaires arrivent, il faut avouer que cela me gâte. Cela me plonge dans l'infini. Dans la guerre perpétuelle entre l'amour qui me fait flotter et la haine qui me fait couler n'importe quel commentaire me fait flotter. Un vagabonde noie tout le temps. Un commentaire lui est une bouée.

Alors, je m'emballe... mais pourquoi pas... et je m'écarte un instant pour une histoire. Il y a un an, quand j'allais au bureau en vélo, j'ai été surpris par une grosse averse d'été. J'ai trouvé un abri au abribus auprès d'un homme noir et pauvre. Ses yeux pleins de tristesse, il a entamé une conversation avec moi. Comme un éclair, j'ai su qu'il voulait me parler. Il s'est plaint de tout, de sa vie de pauvre, de son manque de visibilité dans la société, et surtout de son manque de liens sociaux. Il était tout seul. Sa sœur ne lui parlait plus parce qu'il n'avait pas de boulot. Il était tout seul, mais -- et il a répété cette phrase plusieurs fois -- je suis bon, je suis bon monsieur, je ne suis pas un clochard, je suis un être humain. La pauvreté, la misère, l'isolation étaient dans ses yeux. Je lui ai dit qu'il avait raison et que sa sœur avait tort. Il s'est plaint de sa sœur. Je l'ai écouté, mais quand la pluie s'est arrêtée, j'ai dû le quitter. Il m'a regardé droit dans les yeux, et il m'a dit sans mot dire que je l'ai aussi abandonné.

Revenons à nos moutons.

Quelques blogues sur les faits divers qui parlent des aventures ont un aspect un peu louche, presque pornographiques. Grosso modo, on se fait voir sans laisser paraître son âme. C'est un message absolument, parfaitement maîtrisé, voire une mise en scène de sa vie qui cache quelque chose. Je suis stupéfait par l'énorme popularité de ces blogues. Dans ces sites j'ai mis mon grain de sel, mais le constat est une réplique muette « M. Ren du Braque, vous êtes fou. Laissez-nous tranquilles. Merci. »

On le dit tout le temps dans les pages de Le Monde que les blogues ne sont qu'une forme généralisée du narcissisme. On fait voir ce qu'on veut faire voir.

Cela me rappelle d'une jolie phrase d'une femme qui m'a écrit il y a deux mois. A l'époque, j'ai essayé d'organiser une lecture d'une pièce de Shakespeare, mais tout allait mal à cause d'un vieux grincheux qui pensait bon intervenir et changer tout le programme. Voyant que l'initiative était en passe d'échouer, elle m'a écrit pour me dire qu'elle s'en remettait à mes habilités de mettre à pied le projet. Je lui ai répondu d'être un peu découragé et frustré, parce qu'il y avait trop de personnes qui détournaient le but du projet au nom d'une plus grande liberté. Je lui ai proposé d'écrire qu'elle voulait lire la pièce juste comme j'ai proposé. Elle m'a remercié pour mes efforts dans sa réponse, et au lieu de me dire oui ou non quant à ma question elle m'a dit qu'elle voulait uniquement faire ce qu'elle voulait faire avec des personnes qui voulaient faire exactement ce qu'elle voulait faire.

Je ne lui ai pas répondu.

Je sais que je dois être sage. Je ne dois pas poursuivre trop de projets, mais j'ai un rêve d'une vie sociale et j'admets qu'une vie sociale à ce point est un mythe. Je me souviens de quelques moments épars où il me semblait que tout allait magnifiquement bien. J'étais entouré de ma famille ou de mes amis et vite, l'été s'est terminé, la soirée a fini, tout le monde est rentré chez soi et ce moment serait vite oublié ou inondé parmi tous les besoins, les soucis, et la vie quotidienne.

Et si ce n'était pas les besoins ou les soucis qui causaient le manque généralisé des liens sociaux ? Si c'était que les gens ont su que la seule façon de trouver un équilibre dans notre existence absurde serait de proclamer à tout le monde : Je ne veux faire que ce que je veux faire avec les personnes qui veulent faire ce que je veux faire. Et qu'est-ce que c'est précisément que ces personnes veulent faire ? Je n'en sais rien.

La grande plupart de temps, je garde du calme, je rassemble de toute la patience dont je possède et cela marche. Or cette semaine, j'ai noyé. J'ai écrit beaucoup depuis deux mois et demi. J’espérais, bêtement, que je pouvais écrire quelque chose d'intéressant qui m'intéressait et qui intéressait aux autres. Je tiens bon à mon projet. C'est une expérience tout à fait nouvelle et qui, de loin, aurait déjà dû être prise. Mais, heureusement et malheureusement, c'est-à-dire d'une ambivalence absolue, ce que j'écris n'est pas semblable à l'écriture des autres. Rudement et poliment, les autres s'arrêtent à s'intéresser à ce que j'écris, et cela me rend un peu braque.

Je sais qu'il est insensé de m'y prendre ainsi, mais ce n'est pas le rejet qui me rebute. C'est la mer sauvage qui est notre esprit collectif. Le cuisinier, Pépin, qui s'est trouvé, brutalement, au milieu de la mer, isolé, abandonné, terrifié, a su la nature cruelle de l'univers. Il n'acceptais pas, ne comprenait pas l'obsession meurtrière d'Achab, son capitaine. Il n'était pas marin. Il n'était que cuisinier dans un bateau voué à l'auto-destruction, et tout d'un coup il a buté contre le vide de l'univers.

Et je sais que la plupart de l'humanité n'y réfléchissent pas à deux fois grâce à leur profond manque d'imagination, mais j'ai une imagination. Beaucoup trop d'imagination. Et dans mon projet d'écriture je plonge dans les profondeurs de l'ambivalence, et je retourne à la surface à bout de souffle pour un petit trésor minuscule pour faire voir, si cela vaut la peine.

...depuis ce moment-là, il déambula sur le pont comme un idiot...La mer moqueuse lui avait laissé son corps borné et noyé l'infini de son âme. Elle ne l'avait pas noyée tout à fait cependant, elle l'avait plutôt entraînée vive dans les profondeurs prodigieuses où les formes étranges du monde primordial encore intact glissaient ici et là devant son regard passif. La Sagesse, sir`ne avaricieuse, lui révélait ses trésors amassés et parmi les vérités éternelles, joyeuses, cruelles, jeunes à jamais, Pip voyait dans les innombrables insectes coralliens, l'omniprésence de Dieu qui, hors du firmament des eaux, tire les orbes immenses des atolls. Il voyait le pied de Dieu posé sur la pédale du métier à tisser et, parce qu'il le disait, ses compagnons l'appelaient fou. Fou aux yeux du monde, sage aux yeux de Dieu... et c'est en s'élognant de la raison humaine que l'homme arrive enfin à l'esprit du ciel, pour qui la raison n'est que folie et frénésie. Devant le bonheur comme devant le malheur il n'éprouve plus que l'indifférence absolue qui est celle même de Dieu.