dimanche 8 août 2010
Tirade automatique
Les vacances de Trempet, cela ne me regarde pas. Son zèle, non plus. La prévision des heures, c'est pénible, mais nécessaire dans notre compagnie. Chaque heure est un coût et un prix, dont la différence devient le profit de notre entreprise. Chaque heure proposée est un service des compétences que le client évalue parmi une gamme de propositions. Il achète et nous paye si nos compétences lui conviennent. Nos chercheurs les mieux payées écrivent les propositions de la même manière. D'habitude, ils préfèrent embaucher une armée de jeunes diplômés pour manier les données, en faire des tableaux, et peut-être écrire les programmes qui mesurent l'effet d'une intervention qui se veut plus efficace.
La première fois que j'ai été embauché pour l'un de ses projets, c'était contre son gré. Il voulait une armée, mais elle n'était pas disponible, tandis que je l'étais. Ma patronne a dû lui vendre mes services. Il a fini par m'essayer une fois. Tout est très bien allé. Cette fois-ci, l'un des soldats aguerri de son armée lui a demandé de m'embaucher. Sinon il a averti que Trempet allait tuer le simple soldat infortuné affecté à une corvée abrutissante.
Ce n'est même pas cette corvée qui me gêne. J'ai mes trucs. Je ne prévois qu'une journée de travail. Je garantis qu'il recevra ses données dans un état parfait. En effet, je suis content de me vendre comme ça. Il a besoin d'un service que personne dans la compagnie ne peut accomplir.
En effet, tout va bien au présent, mais son courriel automatique m'a fait demander si tout irait bien plus tard. Le questionnement constant de la valeur d'une chose, de moi-même, selon la loi inexorable de l'argent me tracasse. Vivre selon un constant comparaison entre l'armée et l'expérience, c'est vivre la menace d'une délocalisation quotidiennement. C'est mettre votre esprit dans la devanture d'un magasin et regarder demander le chaland « Cet esprit, qu'est-ce qu'il vaut ? Oh, je n'en ai pas besoin, une armée de simples soldats infortunés ou une poignée d'automates me suffira. »
Et pire, c'est notre boulot de mesurer la valeur des esprits.
Par exemple, la dernière fois que j'ai travaillé pour Trempet, nous avons reçu un tas de données des collèges de ... Il voulait mesurer la valeur ajoutée de chaque professeur aux notes des examens standardisés des collégiens. J'ai dû mettre en ordre toutes les données et ensuite en faire un traitement évaluer combien nous seraient utiles. A mon avis, les données étaient, comme chaque sondage, pleines d’irrégularités. Celle qui me semblait la plus grave était que dans une année scolaire plusieurs élèves semblaient changer de sexe, d'âge, de classe, d'ethnie, ou de programme social.
Comment est-ce qu'ils ont évalué la valeur ajoutée d'un prof quand on n'est pas sûr des caractéristiques les plus basiques des élèves ? Je n'en sais rien. On dit qu'étant donné la qualité des données, nous avons mesuré la valeur ajoutée de chaque professeur ainsi. Il faut pincer le nez, supposer que la théorie et les données sont bonnes, et ensuite prononcer sans broncher vos conclusions. Autrement dit, soyez claire et lucide, malgré tous les évidences contradictoires et les limites des méthodes quantitatives.
D'habitude, un chercheur présente son travail aux chercheurs dans le même domaine, et tout cela tombe promptement dans l'oubli. Or cette fois-ci, nous sommes entrés en pleine guerre entre les professeurs et l'administration d'éducation de ... La réforme éducative en vogue aux États-Unis est d'instaurer la concurrence farouche, parce que l'unique problème dans les écoles, selon les hommes et femmes d'action, est les mauvais professeurs. Il faut les remplacer comme on remplacerait un rouage dans la machinerie de la restauration rapide. Par conséquent, l'administration nous a demandé d'identifier les profs les plus performants par notre évaluation statistique. Nos résultats, arrachés de nos mains, ont été immédiatement cités comme une évidence indéniable que d'une quantité considérable des professeurs ne valaient pas leur salaire.
Je ne sais pourquoi mais son courriel automatique m'a fait penser à ces profs. J'ai mis la tête dans mes mains et je me suis demandé quelle était la valeur de mon travail quand il n'est qu'un rouage dans une machine politique infernale ? La seule réponse est que je travaille seulement pour but lucratif, rien d'autre. Selon ma boîte et les résultats de notre travail, cela doit me suffire. Je mérite ce qu'on me paye.
C'est probable que ces profs ne méritent pas leur salaire. Ils sont inefficace en face d'une armée de jeunes étudiants difficilement éducables. Grosso modo, le système éducatif va très mal de nos jours. En revanche, notre "étude" ne prouvait rien. C'était déjà conclu que le problème principal était les professeurs. L'"étude" n'était qu'un prétexte d'imposer une politique de capitalisme sauvage dans nos écoles. On allait imposer une concours entre les profs pour faire réussir leurs élèves aux examens standardisés.
On ne nous avons pas demandé « Où est le bien-fondé des examens standardisés, de la compétition farouche, du capitalisme comme modèle du meilleur des mondes possibles ? Où est le bien-fondé que le "Race to the Top" de l'administration Obama qui récompense les administrations des états qui imposent des réformes pour mesurer constamment le progrès aux examens standardisés ? Où est le bien-fondé de punir et de stigmatiser les paresseux et récompenser les bosseurs automates ? » On ne nous avons pas demandé pourquoi était-il si difficile d'éduquer les jeunes ?
Et pire, on ne nous avons pas demandé « quels seront les conséquents de cette politique ? »
A mon avis, tout devient de plus en plus standardisé et concurrentiel. Les professeurs vont enseigner un programme basé uniquement sur la réussite aux examens standardisés et s'entretuer en même temps. Les étudiants, qui sont en train de s'entretuer, vont croire que l'éducation est la réussite aux examens standardisés et rien de plus. Quand ils sortent des écoles, ils mépriseraient leur éducation plus que les jeunes d'aujourd'hui la méprisent. Les futurs ouvriers vont penser qu'il faut travailler comme un horloge à remontage automatique et à système auto-correcteur. Et les chercheurs qui nous mesurent constamment ne penseront qu'aux travaux qui les attendront à la rentrée de leurs vacances. Ils partiront pour Paris, ne sauront qu'une poignée de mots français et se prendront pour cosmopolites.
Et quand ils, en vacances, enverront des messages aux personnes qui se demandent des questions tout à fait loufoques, comme quel est vraiment mon rôle dans cette machine déshumanisante, ils les surprendront encore une fois par une réponse automatique qui se voudrait rassurant.
mardi 6 avril 2010
L'énigme des yeux
Il y a une semaine, mon cher lecture, notre héros avait deux visites de deux oiseaux du bureau, mais je n'ai écrit que sur la première visite. Voilà la suite de l'histoire.
Le premier s'appelait Jojo et il m'a répété à pied de la lettre tout ce que Bruno lui a dit d'autant que j'avais l'impression que Bruno était là dans mon bureau. Je disais qu'il avait un faux air d'un hibou, mais je me suis trompé d'espèce. Il avait un petit air de chouette, parce qu'il n'a pas d'aigrettes, il sort la journée et les hiboux, vous savez, sont absolument nocturnes. En particulier, il est plus comme une chevêchette. Elle est la plus petite des espèces chouette. Elle a une tête ronde aux yeux bruns fades qui adoucissent le regard. J'ai choisi la chevêchette au lieu de la chouette chevêche, parce que même si les deux sont petites, la dernière effraie aussitôt qu'on la voit, et elle a des yeux au regard perçant et interrogateur. Ce n'est pas le cas de Jojo. De plus, elle est la chouette d'Athéna, déesse grecque de la sagesse, de l'intelligence et parfois de la férocité. Pauvre Jojo, je ne penserai jamais qu'il ne puisse pas atteindre un sommet si haut et lointain.
Le second était DJ qui ressemble plutôt à un moineau. Il a des gestes rapides, les yeux vifs et interrogateurs. Quand il parle, j'imagine que s'il voulait avoir l'air d'un oiseau, il n'aurait qu'à sautiller un petit peu pendant qu'il piaule et parle à la fois.
D'habitude il entre en petits sautillements. « Go ? », il me demande. Je le regarde, puis il s'approche plus, « Vous êtes disponible ? » « Oui, je vous écoute. » A ce point, il est tiraillé entre la peur de me déplaire et le désir de me parler. Ces yeux me fixent droit dans les yeux. Je le regarde, et l'énigme de ses yeux me paralyse. Je patiente.
Mais un regard, comment peut-il contenir un énigme ? Comment peut-il s'emparer de tout l'esprit ? Nous n'avons plus de métaphores de la vision, nous ne nous en remettons plus aux explications des époques médiévales ni à l'anthropocentrisme de l'antiquité qui supposait que les animaux et les êtres humains étaient tous divins et que la lumière divine émanait de notre corps et était transmise par des rayons invisibles qui sortaient de et entraient dans notre âme par nos yeux. Quand je regarde les oiseaux, je peux voir qu'ils nous regardent comme si c'est une question de vie ou de mort. Autour de notre maison il y a maintes mangeoires, parce que nous voulons faire penser aux oiseaux que nous sommes leurs amis, mais l'instinct, l'expérience et nos chats leur disent tout le contraire. Je peux donc voir qu'il sont tiraillés toujours entre la joie d'être vivant et la menace d'un danger mortel et qu'ils font des millions et millions de calculs mentaux alors qu'ils nous observent. Dans le rayonnement de leur regard, je me demande, « Qu'est-ce qu'ils pensent ? Sont-ils comme nous ? Est-ce qu'ils nous considèrent comme quelque chose de divin ? Ou est-ce qu'ils ne pensent qu'à manger et à se sauver ? Même si ce n'est qu'à manger et à se sauver, c'est un genre de conscience, n'est-ce pas ? » La chose la plus surprenante des oiseaux, c'est comment les oiseaux d'une volée restent absolument tranquilles. Ils n'ont pas l'air de rien de conscient quand je les regarde, et houp ! toute la volée s'envolent en un clin d'oeil. La rapidité de leur réflexes ou oserais-je de le dire, l'instantanéité de la transmission du rayonnement de leurs âmes, me surprend. Dans cet instant d'observation mutuelle, je suis paralysé par cette énigme.
« Go, j'ai un problème. » Il me regarde comme les oiseaux regardent les êtres humains, les chats, les vers, et les autres oiseaux.
« Oui. Allez-y. »
« J'ai un fichier. Vous comprennez, et c'est un fichier très important. Je l'ai. » continue-t-il comme c'est une question de la vie et de la mort.
« Et alors ? »
« Je dois l'enregistrer sur les autres ordinateurs, » il me dit en forme de question, puis il clignote une fois. Je clignote. Mon incompréhension est à son comble. Tout d'abord sa question n'est pas une question, mais comment le lui dire sans avoir l'air absurde ? D'ailleurs, chaque fois qu'il me demandé une nouvelle question, il pointe le doigt dans l'air comme un oiseau qui bat son aile.
« Mais ne pouvez-vous pas copier le fichier sur les autres ordinateurs ? » je lui demande.
« Si, mais non, je veux dire... » et à ce point il pointe le droit dans l'air, « ... que, c'est un gros fichier et très important, » dit-il en pointant de nouveau trois doigts dans l'air en biais.
« Mais je ne comprends pas. Est-ce qu'il y a un problème ? »
« Non, non, non, non, non. Je voulais juste dire que... » et ne trouvant rien plus à me demander, il conclut, « Ben, laissez tomber. Je vous souhaite une bonne journée Go. Merci. »
Je lui ai souri, « De rien, DJ. Bonne journée à vous aussi. »
Après, il s'est envolé. Soyez le bienvenu à tout moment DJ.
A cet instant, je ne comprennais encore rien de l'énigme, mais il me semblait moins mystérieuse.
mercredi 31 mars 2010
Les deux oiseaux du bureau
Aujourd'hui deux oiseaux du bureau m'ont rendu visite. Ils ne sont pas vraiment oiseaux. C'est que leurs façons de parler me font penser à un animal qui vous regarde sans ciller et puis sans avertissement ils commencent à vous parler. Les écouter et les comprendre, c'est comme chasser et saisir un oiseau au filet à papillons. On les regarde, et les regarde encore. On ne leur dit rien, et surtout quand on s'approche d'eux. On ne les quitte jamais des yeux, mais en revanche en ne les regarde jamais droit dans les yeux. L'énigme de leur regard paralyse le chasseur le plus habile, et puis ils s'envolent loin avant que l'on ne soit arrivé à plusieurs mètres d'eux. Et dire que jusqu'alors l'on n'aurait jamais pensé qu'ils étaient sur le bord de partir.
Si vous n'arrivez pas à saisir mes propos et que vous n'avez pas de filet à papillons, essayez-le avec un appareil photo. C'est sûr que vous arriverez comprendre la difficulté de s'entendre bien avec les oiseaux du bureau.
Vers une heure le premier oiseau a sautillé dans mon bureau. On s'est dit bonjour, puis nous nous regardions. Moi, l'être humain, derrière mon bureau et jojo, l'hibou, muet et surnaturellement calme devant moi. Je lui ai regardé dans les yeux pales et vite frappé de paralysie par l'énigme. Dans ma stupeur je me suis demandé « Qu'est-ce que j'y vois ? » Je me suis remué la tête, me suis frotté les yeux, et j'ai patienté. Et, puis, rien. Est-ce qu'il va parler ? Quoi ?
« Oui, qu'est-ce ce qu'il y a ? Comment allez-vous Jojo ? » je lui ai enfin demandé. Comme si ma voix a dû lui surprendre, il a remué une aile, lentement et avec caution, puis il m'a dit, « Oui, je pense que, oui, selon Bruno, il dit que, il y a mainte façons d'arriver à expliquer les différences entre les deux méthodes, et les deux sont mauvaises... » je lui ai laissé parler, mais enfin j'ai dû l'interrompre, mais pas avant que je n'aie mis ma tête sur la table, ni avant que je ne me suis adossé loin dans ma chaise, mais jusqu'à ce que ma pauvre cervelle m'a hurlé de lui arrêter avant que je ne doive courir la pharmacie pour une ordonnance du médicament ADHD.
« Mais, il faut dire que je ne comprends rien de tout de ce que vous avez dit Jojo ? Pourquoi faut-il me dire tout cela ? » je lui ai demandé. Après quoi, il a tout recommencé, et ensuite il a sorti une feuille de papier. A ce point j'ai deviné qu'il s'agissait d'un courriel que j'ai envoyé à mon chef il y a trois jours, et il était là pour me donner son avis là-dessus. Il pensait bien répéter tout ce que disait Bruno, un autre salarié, et il essayait de répéter ses propos au pied de la lettre. Je connaissais tout l'avis de Bruno. Il semblait que j'étais au centre d'un jacassement étourdissant des gens qui parlaient sans réfléchir et pour éviter la folie, il fallait que mon chef, Bruno et lui me comprissent. Je l'ai arrêté encore une fois et lui ai insisté, « J'ai été très bien patient de vous écouter Jojo, et je comprends exactement ce que vous pensiez me dire. » Il a clignoté deux ou trois fois, puis il a dit, « Oui. » J'ai dû essayer encore une fois d'expliquer le problème et ma solution, puis il a convenu de dire que j'avais raison et qu'il fallait nuancer les propos dans le texte d'une lettre adressée à un client au lieu de lui écrire un tas d'absurdités et de contradictions.
Juste quand j'ai pensé que nous étions d'accord, jojo voulait me dire qu'il comprenait très bien tout avant son arrivée dans mon bureau. L'oiseux petit et méticuleux répétais tout ce que je lui disais tout à l'heure et il m'était impossible de me débarrasser de lui, même quand je lui ai dit, « C'est bien. Vous voyez comment ça marche. On a bien resolu l'énigme. » « Oui, c'était exactement comme je le pensais. Cela marche... » et ensuite il a utilisé les même paroles que je venais de lui dire. « Ah, oui. C'est donc bien terminé, nous sommes d'accord, » j'ai essayé encore une fois. Mais il n'a pas laissé tombé la proie de son bec. Il m'a répété toute l'histoire encore une fois. « Bon » je lui ai dit, un sourire agacé figé sur mon visage, j'ai patienté en voyant son regard vide et absent, puis je lui ai dit « Merci, au revoir. » Mais l'oiseau adore chanter la dernière note, « Oui, bon, c'est bien fini, merci pour votre compréhension. Au revoir. » Je lui ai regardé interloqué les yeux rivés sur lui et la paralysie de l'énigme s'est emparé de tout mon esprit. A ce point, je ne sais pas comment il est arrivé à quitter mon bureau. La dernière chose que je me souviens était que nous nous sommes regardé et puis il a dû s'envoler sans avertissement.
Deux heures plus tard DJ m'a rendu visite. Il est un oiseau de tout autre plumage. Ses gestes sont rapides. Il sourit souvent, il a les yeux vifs et alertes, mais ses propos sont aussi décousus que ceux de Jojo.
Attendre la suite !
jeudi 25 mars 2010
Ne demandez pas, ne le dites pas
Le bavardage n'est jamais innocent. Je dois rappeler cela à chaque fois que j'ouvre la bouche. Il est infiniment plus sage d'avoir l'air taiseux et le visage renfrogné voire rebutant afin d'éviter une conversation légère de tout et de rien. Mêmes les plus innocents conversations peuvent mener au désastre. Voilà un exemple.
A la fin d'une journée quelconque de travail, je sortais au hasard du bureau avec un collègue. D'habitude, il arrive au travail et part tôt et moi, tard. Cette fois-ci, il faut que je sois parti plus tôt que d'habitude, car lui, il suit son emploi du temps comme une horloge suisse.
Je l'imagine chez lui. Il se lève, son gros ventre dépassant le bord de la veste de son pyjama, ensuite il donne à manger à ses grenouilles et à sa tortue, prépare et emporte son déjeuner, et puis il doit manger quelque chose pour le petit-déjeuner. Est-ce qu'il boit du café chez lui ? C'est un mystère, mais j'en doute. Chaque matin, il boit gratuitement un gobelet énorme de café de la machine au bureau avec du sucre et du succédané de crème. A l'heure du déjeuner, je le rencontre de temps en temps dans la cuisine du bureau. Il sort de son panier toujours la même chose, une boîte de soupe condensé, un plat surgelé et peut-être une boîte de légumes. Tout le lot remplit la cuisine d'une odeur de la nourriture industrielle. A ces moments où je suis coincé dans le même endroit avec lui je lui parle. Enfin, c'est moi qui l'écoute alors qu'il me parle de sa tortue, de ses grenouilles qui puent, de sa voiture (un GTO, vroom, vroom !), et de son frère jumeau. Dire qu'il y a deux personnes comme lui dans le monde.
Comme je disais, pendant que nous sortions ensemble, j'ai essayé de prendre le dessus. Je voulais parler juste une fois, donc je lui ai demandé sur le livre dans ses mains. « Oh, je aime bien les livres à suspense de ... » Mais faut-il dire le nom d'un des maintes écrivains qui écrivent ces romans à la taille d'une petite brique qui sont aussi facile à lire que l'on peut le faire les yeux mi-clos ou fermés ? Ah oui, il le faut. Je continue. « ... Dean Koontz. Ils sont très intéressants. J'adore tourner les pages très vite. J'adore le suspense... » Je voyais qu'il menait la discussion aux éloges béats des écrivains de masse qui sortent de leurs machines à écrire des produits industriels de masse. Je voulais, parce que je suis méchant comme le diable, détourner la conversation juste un peu. Je lui ai donc demandé, « Est-ce que vous aimez les livres médicaux à suspense comme Robin Cook ou Michael Crichton ? Cela doit être intéressant, n'est-ce pas ? »
Tout innocent, sourire aux coins de la bouche, il m'a dit, « Non, s'il faut lire quelque chose de ce genre je préfère Stephen King ou parfois John Grisham. J'aimais bien The Client. Avez-vous vu le film ? »
J'ai bien vu que tout était fini. La conversation dérape, au moins à mon point de vue. Lui, il était tout droit dans son élément. Cela m'a provoqué. J'ai persisté.
« Mais non. Les livres médicaux à suspense me semblent très intéressant. En fait, si j'avais le temps, j'écrirais mes propre histoire sur les aventure de Dr. Russell Scalpel. Tout le monde l'appelle "Rusty" (Rouillé en français). Dr. Scalpel est très amiable et honnête, mais un peu maladroit et voire pas du tout tranchant et vif. Je l'imagine dans son cabinet médical en conversation avec son infirmière, Madame Bonbon.
« Mais qu'est-ce que vous faites Dr. Rusty ? Avez-vous stérilisé vos instruments médicaux ? Celui-là a l'air d'être couvert de sang ? »
« Ah, non, ben. Oui, en fait, je ne m'en souviens plus. Alors, je crois que c'est l'heure de votre examen médical, Madame Bonbon. »
« Encore ? Ok, allez-y. Oh docteur, docteur ! Oh ! Docteur ! »
« Ah, ça y était. Je vous fais mal ? »
« Non, mais votre instrument avait froid. »
Et ils parleraient plusieurs chapitres jusqu'à ce que un patient mourre subitement dans son cabinet. Dr. Scalpel à la rescousse ! Pourquoi est-il mort ? Est-ce que l'on va trouver les scalpels disparu ? Est-ce que Dr. Scalpel va trouver ce qu'il cherche pendant ses examens médicaux ?
A ce point, mon collègue ne s'amusait pas. « Oui, cela pourrait être drôle, » m'a-t-il dit le visage renfrogné voire rebutant. On s'est regardé un instant, puis il m'a dit « Allez, au revoir ! » bien que nous ne soyons pas encore arrivés à la sortie du bâtiment.
« D'accord » était le seul mot que j'ai pu prononcer. Après qu'il m'avait planté là, j'ai dit à mi-voix « A demain. »