mercredi 7 avril 2010

La grandeur des arbres à l'oeil nu

Moi, je suis invisible. Il faut l'admettre. Et il faut depuis longtemps que je ne m'en remette plus ni à la Toile ni aux collègues de bureau pour me rendre visible. Mes pouvoirs d'invisibilité sont tellement forts qu'à ce moment ma voisine de bureau reçoit un visiteur qui me fait une mine placide et insensible chaque fois que je le vois. Bien sûr, je peux rompre le sortilège quand je lui dis bonjour, mais je pense que mon pouvoir magique est devenu tellement fort que même après le sortilège est rompu, il a des ennuis de sortir de l'enchantement et n'arrive qu'à me bredouiller un bonjour mécanique. En revanche, il y a des failles dans mes puissances occultes. Par exemple, ma nouvelle voisine de bureau qui a commencé il y a quelques mois, me dit bonjour chaque matin. Elle semble réfractaire à tous les sortilèges qui me rendent invisible. La plus puissante, c'est la routine. L'ambition en est une autre. L'autosatisfaction, l'amour-propre, l'arrogance, la peur, l'obsession, les manies, l'égocentrisme, même la haine sont des puissants sortilèges aussi. Tout cela ne semble jamais l'empêcher, mais je crains qu'un jour, la routine aille nous rattraper et l'ensorceler.

Beaucoup de choses sont invisibles même à moi. Hier dans la petite matinée, je me suis aperçu de la présence de quelque chose dans le voisinage tout à fait de magnifique. Dans la lumière rose de l'aurore, les oiseaux chantaient à plein coeur aux faîtes des arbres. Leur chant m'a fait regarder en haut. Ensuite je me suis rendu compte que tous les arbres en pleine fleur étaient remplis d'oiseaux. Ils les ont transformés en amphithéâtres des chorales d'oiseaux chanteur. Afin de saisir l'envergure de leur royaume subrepticement inséré dans le nôtre, j'ai dû regarder autour de moi. Je me suis tourné plusieurs fois. Les oiseaux étaient partout et les arbres dont j'ignorais des années me semblaient tout d'un coup agrandir et devenir des géants. Je me sentais plus petit auprès d'eux, mais tant mieux reconnaissant de ce qui m'entoure.

Aujourd'hui je suis sorti pour retrouver la même sensation de merveille. L'appareil photo à la main, je me promenais en quête d'une jolie image.

C'est toute une affaire de prendre des jolies photos de la nature dans le voisinage. La ville est trop agressive pour faire des photos en dilettante. Les arbres sont trop grands pour l'objectif. En fait les câbles coupent l'image, les voitures dans la rue envahissent le cadre, les maisons détournent l'attention du sujet. Les oiseaux qui sont très jolis à l'oeil nu se fondent vite dans le paysage. C'est surprenant combien leurs couleurs sont assortis à ceux des arbres. Même quand ils atterrissent sur le sol, ils gardent une distance prudente loin du photographe. Les fleurs étaient les uniques sujets de mes photos qui coopéraient, mais la lumière du flash a rendu l'image irréelle. Quand même, la ville ne pouvait m'empêcher de les sentir, voire de m'attirer dans les allées pour en découvrir plus.

J'ai laissé tomber ma carrière naissante de photographe apprenti et continuais sur mon chemin. Je regardais en haut et écoutais les sons. Vite, je me suis aperçu de l'invasion sonore des voitures et des climatiseurs. C'était une guerre entre la nature et la ville et il va de soi que c'est la ville qui efface toujours la nature. J'ai dû chercher les endroits plus calmes pour retrouver le royaume des oiseaux.

Je ne sais comment, mais ce matin n'était pas comme hier. Que j'étais plus distrait, la ville était plus envahissante ou la routine a déjà émoussé mon émotion, je ne suis arrivé à retrouver ni la grandeur des arbres ni l'enchantement des oiseaux. La routine, Ô comme vous êtes un malin et méchant sorcier. Vous rendez toute beauté invisible.

N'empêche. Je sortirai demain à la petite matinée pour retrouver la visibilité de l'invisible et m'établir bien assorti au monde mieux vu à l'oeil nu.

mardi 6 avril 2010

L'énigme des yeux

Il y a une semaine, mon cher lecture, notre héros avait deux visites de deux oiseaux du bureau, mais je n'ai écrit que sur la première visite. Voilà la suite de l'histoire.

Le premier s'appelait Jojo et il m'a répété à pied de la lettre tout ce que Bruno lui a dit d'autant que j'avais l'impression que Bruno était là dans mon bureau. Je disais qu'il avait un faux air d'un hibou, mais je me suis trompé d'espèce. Il avait un petit air de chouette, parce qu'il n'a pas d'aigrettes, il sort la journée et les hiboux, vous savez, sont absolument nocturnes. En particulier, il est plus comme une chevêchette. Elle est la plus petite des espèces chouette. Elle a une tête ronde aux yeux bruns fades qui adoucissent le regard. J'ai choisi la chevêchette au lieu de la chouette chevêche, parce que même si les deux sont petites, la dernière effraie aussitôt qu'on la voit, et elle a des yeux au regard perçant et interrogateur. Ce n'est pas le cas de Jojo. De plus, elle est la chouette d'Athéna, déesse grecque de la sagesse, de l'intelligence et parfois de la férocité. Pauvre Jojo, je ne penserai jamais qu'il ne puisse pas atteindre un sommet si haut et lointain.

Le second était DJ qui ressemble plutôt à un moineau. Il a des gestes rapides, les yeux vifs et interrogateurs. Quand il parle, j'imagine que s'il voulait avoir l'air d'un oiseau, il n'aurait qu'à sautiller un petit peu pendant qu'il piaule et parle à la fois.

D'habitude il entre en petits sautillements. « Go ? », il me demande. Je le regarde, puis il s'approche plus, « Vous êtes disponible ? » « Oui, je vous écoute. » A ce point, il est tiraillé entre la peur de me déplaire et le désir de me parler. Ces yeux me fixent droit dans les yeux. Je le regarde, et l'énigme de ses yeux me paralyse. Je patiente.

Mais un regard, comment peut-il contenir un énigme ? Comment peut-il s'emparer de tout l'esprit ? Nous n'avons plus de métaphores de la vision, nous ne nous en remettons plus aux explications des époques médiévales ni à l'anthropocentrisme de l'antiquité qui supposait que les animaux et les êtres humains étaient tous divins et que la lumière divine émanait de notre corps et était transmise par des rayons invisibles qui sortaient de et entraient dans notre âme par nos yeux. Quand je regarde les oiseaux, je peux voir qu'ils nous regardent comme si c'est une question de vie ou de mort. Autour de notre maison il y a maintes mangeoires, parce que nous voulons faire penser aux oiseaux que nous sommes leurs amis, mais l'instinct, l'expérience et nos chats leur disent tout le contraire. Je peux donc voir qu'il sont tiraillés toujours entre la joie d'être vivant et la menace d'un danger mortel et qu'ils font des millions et millions de calculs mentaux alors qu'ils nous observent. Dans le rayonnement de leur regard, je me demande, « Qu'est-ce qu'ils pensent ? Sont-ils comme nous ? Est-ce qu'ils nous considèrent comme quelque chose de divin ? Ou est-ce qu'ils ne pensent qu'à manger et à se sauver ? Même si ce n'est qu'à manger et à se sauver, c'est un genre de conscience, n'est-ce pas ? » La chose la plus surprenante des oiseaux, c'est comment les oiseaux d'une volée restent absolument tranquilles. Ils n'ont pas l'air de rien de conscient quand je les regarde, et houp ! toute la volée s'envolent en un clin d'oeil. La rapidité de leur réflexes ou oserais-je de le dire, l'instantanéité de la transmission du rayonnement de leurs âmes, me surprend. Dans cet instant d'observation mutuelle, je suis paralysé par cette énigme.

« Go, j'ai un problème. » Il me regarde comme les oiseaux regardent les êtres humains, les chats, les vers, et les autres oiseaux.

« Oui. Allez-y. »

« J'ai un fichier. Vous comprennez, et c'est un fichier très important. Je l'ai. » continue-t-il comme c'est une question de la vie et de la mort.

« Et alors ? »

« Je dois l'enregistrer sur les autres ordinateurs, » il me dit en forme de question, puis il clignote une fois. Je clignote. Mon incompréhension est à son comble. Tout d'abord sa question n'est pas une question, mais comment le lui dire sans avoir l'air absurde ? D'ailleurs, chaque fois qu'il me demandé une nouvelle question, il pointe le doigt dans l'air comme un oiseau qui bat son aile.

« Mais ne pouvez-vous pas copier le fichier sur les autres ordinateurs ? » je lui demande.

« Si, mais non, je veux dire... » et à ce point il pointe le droit dans l'air, « ... que, c'est un gros fichier et très important, » dit-il en pointant de nouveau trois doigts dans l'air en biais.

« Mais je ne comprends pas. Est-ce qu'il y a un problème ? »

« Non, non, non, non, non. Je voulais juste dire que... » et ne trouvant rien plus à me demander, il conclut, « Ben, laissez tomber. Je vous souhaite une bonne journée Go. Merci. »

Je lui ai souri, « De rien, DJ. Bonne journée à vous aussi. »

Après, il s'est envolé. Soyez le bienvenu à tout moment DJ.

A cet instant, je ne comprennais encore rien de l'énigme, mais il me semblait moins mystérieuse.

lundi 5 avril 2010

Je n'ai que 30 minutes

Ce sera un billet fait dans une cocotte-minute. Je n'ai que 30 minutes d'écrire et puis il faut parler à quelqu'un. Après ça, il faut me raser, faire mes cafés, faire mon sac, et puis aller au travail. Oups ! J'ai même oublié qu'il fallait donner à manger aux chats.

N'est-il pas très énervant de se limiter aux contraintes de quelques minutes pour cela, 128 caractères pour twitter, (oups ! on a 140 caractères. Quel luxe !), et quelques secondes pour parler à quelqu'un d'autre ? Oui, vous me dites qu'il faut économiser sur tous les domaines. Il faut travailler, se préoccuper des enfants, faire du progrès dans nos carrières, faire nos cours, faire la vaisselle, moucher le nez, et s'essuyer le derrière.

J'allais vous poser un tas de questions, « Faut-il avoir des limites ? Faut-il avoir beaucoup de pression ? » mais je déteste cette manière d'avoir auparavant toutes les réponses des questions qu'on a déjà posées d'un air très, très innocent. Je déclare ! que ces questions ne sont qu'un prétexte de couper court, parce qu'on n'a ni le temps de recueillir tous les avis ni la patience de regarder son avis à la lumière d'un autre esprit. La question évite le débat par l'échappatoire convenant suivant, « Oh, je m'en demandais seulement. »

Bien sûr les limites sont parfois utiles. Par exemple, quand je mets au feu l'avoine sur la poêle, c'est 30 minutes pour en faire cuisiner, plus de 30 minutes, l'avoine devient un peu sèche, plus de cela, elle colle sur le fond de la casserole. Aujourd'hui dans ma hâte, qui est habituelle, j'ai brûlé cette règle de fer du 30 minutes, et du coup, notre petit déjeuner sera de l'avoine croustillante. C'est un goût qu'il faut apprendre à aimer.

En revanche, c'est l'heure de ma conversation ! Le temps est épuisé !

Mais, comment est-ce que je pourrais me limiter à 30 minutes pour écrire mon billet ? Il était absolument impossible. Je déclare que les limites sont nuls !

Attendez, il faut aller parler. A tout à l'heure.

Je suis de retour. Tout est très bien passé. J'ai appris beaucoup de choses sur le monde virtuel et les nouveaux mots français du commerce et du monde informatique. Par où commencer cette leçon de l'instantanéité ? La propale, c'est la proposition commerciale. Vous voyez combien de secondes qu'on peut sauver avec ce mot. Il ne contient que de deux syllabes, tandis que l'expression originelle en contient neuf ! La vie durant dans les affaires, on peut économiser des siècles. Ben. J'exagère, mais au moins quelques semaines. Avec Facebook, on peut économiser davantage, parce qu'au lieu d'écrire une lettre (à la main et en papier et en encre) on peut télécharger une photo et voilà tout le monde tient de vos nouvelles. Comme on disait antan. Une photo vaut mieux que 1 000 mots, mais qui a vraiment le temps de compter à 1 000. Ce serait mieux d'écrire 100 ou 10. Aujourd'hui on n'a plus besoin d'écrire les cartes postales. Il y a les epostcards. C'est vite et écologique excepté tout le temps qu'on passe devant l'ordinateur allumé au lieu de visiter les endroits non-virtuels. Peut-être on peut rester chez soi et les envoyer. Personne n'en serait plus avancé.

A ce point, je lui ai demandé son avis sur l'idée de tenir un blogue. Mais les blogues n'étaient pas son fort. Facebook était formidable de maintenir le contact avec beaucoup de monde qui sont parsemé partout dans le monde. Et on n'a qu'à afficher quelques photos pour dire « Je suis encore en vie. » Un blogue, c'est différent. Il faut écrire, et l'écriture, ça dure. Ce n'est pas facile, au moins si on insiste d'écrire chaque jour et sans photos, sans l'affichage en boucle des images de sa vie. En fait, écrire chaque jour, c'est une manière de me ralentir, d'observer ce qui se passe dans la vie quotidienne, de me poser constamment des questions, comme « Est-ce quelque chose d'intéressant ? Est-ce que cet événement mérite d'être remâché et écrit ? »

L'intérêt de mon blogue témoigne auprès le public en a révélé la réponse. Mais, je me plains et je m'écarte du sujet. A bas les limites !

Avant de conclure ce billet, il faut noter comment j'ai terminé la matinée. Avoir fini la conversation, je me suis rasé et puis j'ai fini toutes autres tâches. Je cherchais mes clefs et je ne pouvais les trouver. Il faisait très tard. J'ai eu des visions de toute la journée ruinée par mon incapacité de quitter la maison avant 9 heures trente. J'ai fait le tour de la maison, mon bureau, la chambre, la salle de bain, le salon, la salle à manger, la cuisine. Rien. Encore une fois du comble au rez-de-chaussée. Rien, rien, rien. Mais où sont les maudits clefs ? Alors que je les cherchais, ma femme est dehors. Elle avait hâte aussi, parce qu'elle devait aller à une répétition ce soir qui lui obligeait de quitter le travail tôt, mais la voisine était là. Oh mon dieu, qu'elle adore parler à ma femme. C'était presque 9 heures quand j'ai commencé les tâches. Je les ai vu par la fenêtre. Environs 9 heures et le quart, elles étaient toujours là. Zanie, la voisine, parlait tout le temps; ma femme souriait tout le temps, figée par la peur de commettre une maladresse et l'angoisse de vouloir aller courir à la voiture en hurlant de l'impatience et l'exaspération. Pendant qu'elles parlaient, une mère avec son bébé en poussette s'approchait d'elles. Maintenant toutes les trois était en train de parler. La seule qui avait envie de couper court était la mère. Elle a poussé la poussette un ou deux pas, puis s'est tourné vers elles pour continuer. Elle remuait la tête plus souvent qu'au début. Elle a poussé la poussette encore un pas, et maintenant elle semblait tiraillée entre la conversation et son bébé, et comme si la poussette a démarré par sa propre volonté, elle a dû la suivre et dire au revoir.

Ma femme restait clouée au même endroit.

Environs 9 heures 40 j'étais désespéré. Où diable était ces maudits clefs ? J'ai crié par la fenêtre. « Chérie ! Est-ce que tu sais où sont mes clefs ? » Sur le champs elle a dit au revoir et s'est sauvée dans la maison.

« Je les ai ! »

« Mais, où diable étaient-ils ? »

« Sous le cahier de cuisine sur le tabouret dans la cuisine. »

J'ai maudis ma mémoire défectueuse. Bien sûr, qu'ils étaient là. J'ai fait la cuisine hier soir ! « Es-tu contente que je t'ai sauvée de la conversation sans fin avec Zanie. » Elle a roulé ses yeux, m'a dit au revoir et vite, vite, vite elle a filé comme une flèche au travail.

De temps en temps, c'est bien d'avoir un mari distrait qui peut terminer une conversation qui traîne plus de 30 minutes.

dimanche 4 avril 2010

Un changement de position dangereux


- Un peu de café mon amour ?

- Mets-le sur la table de nuit.

- Tu ne sors pas du lit ? Je me recouche donc.

Et voilà, on a des idées. On cause un brin qui devient une véritable conversation. Les chats nous observent et se pensent que tout le monde dans la maison fait la sieste toute la journée, comme eux. En parlant ma main gauche a pu décourager le premier avec une gentille poussée sur son flanc. Elle fait plop sur le sol, et encore une fois sur le lit. Après quelques découragements, il y a renoncé. Le second, qui ne aime pas du tout le premier, pensait que nous l'attendions. Il a le don des pas silencieux. Il s'approche de nous du pied du lit et s'installe entre nous. Je suis trop facile avec les chats installés dans le lit étendus de tout leur long et qui nous regardent la tête enfoncée entre les pattes et le regard vers le haut qui demandez « Permettez-moi ? »

« Oui, bien sûr mon chou » je me suis pensé en me levant pour m'installer à l'autre côté du lit.

« Ronron fait toujours à son idée ! Ce n'est pas juste. J'aimerais bien échanger le rôle privilégié qu'assume ce chat chatouilleux. » a dit ma chérie d'un air jaloux d'un petit tigre.

On commence et ronron nous regarde.

« Quel drôle d'idée est-ce qu'il tient quand il nous regarde ? Parce qu'il nous regarde tout le temps. Tu le sais, non ? » demande ma chérie.

Je ne réponds pas, parce que je ne pense plus, j'agis, je tremble, je, er, essaye de conjuguer le verbe bander, mais de l'autre côté du lit, du côté destiné à ma chérie.

Le chat, l'autre côté du lit, l'épouse, l'altérité et la maison unie et harmonieuse font partie d'un bon mariage. Grosso modo, accepter l'autre, c'est toujours le même refrain qu'on entend dire. Mais vivre dans la place de quelqu'un d'autre, assumer son rôle, voire dormir à l'autre côté du lit, je vous jure, c'est dangereux. Et ce n'est jamais pendant l'usurpation des rôles, c'est après, parce qu'on ne se connaît jamais tout. Il y a toujours trop de distance, trop d'écart entre les points de vue et de connaissances. Il faut apprécier l'autre et peut-être s'imaginer à sa place pour mieux s'entendre, mais au bout du compte, ronron aura ses idées de nous, et nous n'en saurons jamais rien.

On ignore le chat, et puis on finit nos ébats. Je ferme les yeux et me laisse pénétrer la douce et magnifique paresse toujours suivi d'un bâillement de lion.

« Enlève la couverture, j'ai chaud. » dit ma chérie.

Machinalement, je l'enlève, puis ma main tombe sur une tasse de café qui tombe sur le sol et vide son contenu.

En nettoyant le café répandu, je me rends compte que la faute de ma maladresse était le changement. Je dis que je ne suis pas habitué à être à l'autre côté du lit, puis je souris et demande, « Tu vois le danger d'échanger les rôles et les positions ? »

samedi 3 avril 2010

Le musicologue à l'épicerie du coin

La vie est toujours une aventure.

A la pensée d'avoir perdu toute la journée en faisant les choses banales, j'ai renoncé à accomplir ma lecture de Don Quichotte et à écrire un billet intéressant ou au moins sur une aventure qui s'est produite à l'improviste. J'ai déjà nagé le matin, fait cuisiné le petit déjeuner l'après-midi, et pris un petit somme en fin d'après-midi. Le sort en était jeté, il fallait m'occuper du dîner, et si j'ai commencé à 5 heures, peut-être nous pouvions manger à sept heures ce qui me donnerait quelques heures ce soir pour écrire et lire.

J'ai dressé une liste des courses. J'ai dit au revoir en me plaignant de la télévision qui était toujours allumé aujourd'hui et dont la bruit commençait à me taper sur les nerfs. La télévision, c'est avoir en visite un hâbleur qui vous ennuie par vous inculquer les mêmes histoires, blagues et conneries tout en vous donnant un coup de coude dans l'oreille. Même quand je quittais la maison, ce visiteur importun m'assenait toujours, « Oh nos émissions sont les meilleures ! Nous vous donnons à voir des spectacles pleins de passion, parce que la passion, c'est l'épice de la vie ! »

Je suis allé à l'épicerie du coin bondée de foules de gens et ai acheté. Ma tête dans les brumes de la passion et de la lecture de Don Quichotte, j'ai oublié d'acheter du maïs éclaté pour ma femme et de la crème pour la sauce du steak poivré. Je ne me suis guère souvenu d'acheter des pommes de terre, un concombre, des betteraves, et des champignons. En chemin à l'épicerie, je me pensais des sujets de conversation pour la prochaine réunion de groupe de lecture où on discuterait de Don Quichotte. Il serait inévitable que quelqu'un se prononcerait contre la beauté du livre ou insisterait tout de go qu'il était le premier livre postmoderne. En d'autre termes on entrerait le livre dans une hiérarchie littéraire selon une logique parfaitement comprise par le sérail des snobinards. Je m'imaginais à trouver les propos qui balayeraient toutes les idées reçues comme Don Quichotte a plaqué au sol le pauvre M. Carasco.

J'avoue, je suis trop bête quelquefois, mais il faut comprendre que les gens de Washington sont trempés de la manie d'hiérarchiser. Si vous lisiez un livre, il faudrait savoir si vous le considéreriez comme le meilleur. Il faut préciser et saisir l'essence de chaque expérience avec des chiffres. Si on a de la passion pour quelque chose, il faut le crier sur tous les toits et sur les émissions télévisées que le chiffre de cette passion est absolument hors de mesure. Quand on parle de Shakespeare, il n'est pas important de comprendre les nuances, mais il faut au moins dire que sa popularité est due à son rythme de mots. Tout cela, c'est du pentamètre iambe. Les washingtoniens ne sont pas pris au dépourvu. Il faut toujours avoir le détaille qui donne l'impression que vous aviez tout lu.

Moi, je pensais que Shakespeare et Cervantes sont arrivés à écrire et décrire des choses qui étaient et restaient tout à fait insaisissables et qui doivent lentement se révéler au lecteur. Comme je disais auparavant, je suis bête et parfois naïf.

Je suis rentré à la maison et ai commencé à faire la cuisine. Je me suis vite rendu compte que j'ai oublié des ingrédients importantes et après avoir commencé le travail, j'ai mis les brûleurs en veilleuse et hop ! je suis retourné à l'épicerie.

Cette fois-ci elle était moins bondée. Je faisais une autre liste des courses dans ma tête. Trois 'p', un presse-purée, du pop-corn et des grains de poivre (potato masher, pop corn et peppercorns en anglais) et du crème. Tout d'abord, du pop-corn dans le rayon d'amuse-gueule, qu'est-ce qu'il y a ? Mais, est-ce le rayon d'amuse-gueule ? qui est cette jolie mère japonaise avec sa fille ? Ce mec qui a l'air d'être ébahi regardant les bretzels, est-il son mari ? Non, c'est impossible. La fille semble japonaise de souche. Ah, quelle chance, le pop-corn est juste à côté du objet de ma passion. Quelles marques est-ce qu'il y a ? Il faut absolument étudier tous les choix. Mais regarde, ça y est. C'est le seul qui n'est pas micro-ondable. Contre mon gré, je quitte le rayon. Elle n'est pas une émission télévision que l'on peut regarder bêtement toute la journée. En avant, les grains de poivre, la crème, du lait m'attendent ! Et maintenant, il faut descendre au sous-sol pour chercher un presse-purée.

A l'entrée de l'escalier mécanique, je la vois encore. Elle me sourit, je suis au paradis, et je descende. Messieurs et mesdames, au sous-sol, passion, désir, idées immorales, et bien sûr il y a des presse-purée.

L'épicerie du coin est un lieu extraordinaire. Dans cette ville construite dans l'hiérarchie gouvernementale, totale et coloniale, où l'argent des campagnes de pression parlent plus forte que la voix du peuple, notre épicerie réussit à se débrouiller autant mieux que les entreprises de l'industrie agro-alimentaire. Dans ces hypermarchés, tout est fait selon un planning industriel. L'élément humain y est une arrière-pensée lointaine. En revanche, à Rodmans, on joue de la musique classique, et on ne choisit pas les pièces bon gré mal gré. On joue -- Mon Dieu, je fais une hiérarchie -- de la musique que j'adore. En tout cas, si vous pouvez vous fier à mon avis, c'est de la musique très raffinée, très belle. Figurez-vous, musique à la guitare de Bach, des arabesques de Debussy, Mozart, et en descendant l'escalier un nocturne de Chopin. Même la version de cette pièce était extraordinaire. J'attendais les notes exquises du bout des phrases, mais le joueur a patienté et patienté, et puis, il les a joués si subtilement, que j'en ai été ému. Passion, désir, tentation, idées immorales, presse-purée, et Chopin. Paradis Exquis.

Presse-purée à la main, j'ai remonté l'escalier et cherché la caisse. J'ai vu la petite fille, mais sa maman était d'ailleurs. Dommage.

La caissière éthiopienne m'a aperçu, mais bien qu'elle ait dû chercher des cartons, elle m'a dit qu'elle serait à ma disposition tout de suite. Il faut dire que les caissières éthiopiennes sont d'une grande gentillesse et modestie avec moi ce qui me plaît et flatte immodérément. J'essaie de leur adresser une parole aimable pour leur faire plaisir, mais souvent leur modestie me contraint de ne dire que merci et au revoir gentiment. Cette fois-ci, M. Chopin m'a ouvert la porte. Je lui ai demandé « Est-ce que tu connais ce qui se joue maintenant ? C'est du Chopin. » Le mec au ventre énorme dernier moi qui était en train de mettre une caisse de vin de table (pour une soirée) qui était le même mec qui regardait bêtement les bretzels, a dit, « Nocturnes, Opus 27, numéro 2. »

J'étais impressionne. J'ai haussé les sourcils en le regardant pour témoigner mon admiration de son précision. Moi, j'adore toutes les pièces de Chopin, mais je ne peux pas les citer comme si j'ai tout mémoriser pour gagner aux jeux télévisés. Je n'ai pas cette passion-là. Je ne suis pas musicologue.

Contente que je lui aie parlé ou qu'elle ait su le nom de cette musique belle, elle s'est affiché son contentement sur son sourire qui dépassait les limites de sa timidité. Elle m'a même regardé droit dans les yeux.

J'ai souri à la jolie caissière éthiopienne et dit au revoir.

vendredi 2 avril 2010

Les vertiges sur les ponts politiques


pont n. m. Construction, ouvrage reliant deux points séparés par une dépression ou par un obstacle... Fig. Ce qui sert de lien (entre deux choses). syn. intermédiaire.
—Le Robert
Cette définition n'exprime guère ni l'énorme foi et confiance qu'il faut vouer à nos ponts, ni l'énergie et les ressources utilisées que nos sociétés investissent pour les construire et maintenir. Avec les chaussées, les ponts ont leur propre école et un service public qui sont chargés de la construction et de l'entretien des voies publiques. Autrement dit, ils sont les artères physiques de notre corps social. On met un tel effort à les rendre sûrs et dignes de notre confiance, qu'on finit par les considérer comme allant de soi, comme on ne pense guère aux artères et veines de notre corps qui relient le sang du coeur aux extrémités et ramènent le sang des capillaires au coeur. Telle est l'importance de ces ponts.

Hier matin, sur la radio j'ai entendu dire le mot pont dans un contexte inouï. Le président a surpris ses partisans par sa décision de laisser construire des puits de pétrole dans les écosystems fragiles du côte Golfe de la Floride aux plages atlantique de l'état de Delaware. Il a également proposé l'installation des tours de forage dans les eaux froides de l'état de l'Alaska. Depuis 1981, les gouvernements successifs de Reagan, Bush, et Clinton pensaient bien garder le moratoire sur les forages en mer. Sous Reagan, on a instauré le moratoire. Sous Bush père, on a autorisé plus de protections, et sous Clinton le moratoire a été prolongé à 2012. Bush fils, notre président-entrepreneur, voulait rompre le moratoire. Il a osé de le rendre caduque au nom de notre dépendance du pétrole, mais il a échoué. Maintenant, c'est M. Obama qui a su surmonter les obstacles au développement contre lesquels avait buté M. Bush. Pour justifier cette volte-face, notre saint président nous a, d'un air solennel, prononcé que plus de construction des forages est un pont jusqu'à ce que ne soit développée une énergie alternative.

Ce n'est pas la première fois qu'un homme politique utilise le mot pont dans son sens figuratif. M. Clinton, pendant sa présidence, nous a tout le temps assené avec son fameux pont au vingt-et-unième siècle, mais la première fois qu'il nous l'a dit, il n'était pas un poncif. Il a dit, « Construisons un pont. Un pont assez fort et grand sur lequel tout Américain puisse traverser et arriver à une terre bénie de nouvel espoir. » Les sceptiques nous disaient que M. Clinton avait le don de la parole facile et parfois creuse. Tout cela est possible. Il y a, dans ces propos, quelque chose de remède de charlatan. Un pont n'est pas une voie à sens unique au-dessus des eaux troublées et dangereuses. Il est une voie qui fonctionne dans tous les sens, du présent au passé et au futur. Son pont était un appel à l'oubli, qui l'aidait à faire avaler son politique au public. Avant d'écouter leurs propos, il faut se souvenir d'une devise inexprimée de tout homme politique rusé : Oubliez, acceptez, et avancez aveuglement.

On sait très bien qu'Obama a su la puissance de cette mélange d'espoir et ponts, mais je ne savais à quel point il se prend pour un pont. Pendant la présidentielle il a même prononcé qu'il a passé son « entière vie d'adulte à essayer de jeter un pont entre toutes sortes de gens différents. C'est dans mon ADN, essayer de promouvoir la compréhension mutuelle. C'est qui je suis. C'est ce en quoi je crois. C'est le sens de cette campagne. »

Et quel sens de cette campagne reste dans l'administration Obama ? Faut-il construire un pont entre les paroles de la présidentielle et les actes de son administration ? L'écart entre ses promesses écologiques et sa volte-face récente nous décèle les dangers de ses joutes verbales pyrotechniques. Nous autres américains, qui se préoccupent de l'avenir de l'environnement, nous étions effrayés par l'hostilité de l'époque Bush et puis l'espoir des années Obama nous a soulagé pendant la campagne. Et maintenant, nous avons des vertiges sur ce pont entre le présent et l'avenir, n'est-ce pas ?

Je me demande où est l'Obama futur qui puisse nous guider à redescendre le pont actuel que l'Obama actuel a construit afin que nous puissions mettre les pieds en terrain sûr.

jeudi 1 avril 2010

Contre la montre

Mon cher lecteur, je m'excuse. Je suis tellement débordé aujourd'hui. Je crains que désormais ce ne soit le cas tous les jours. Je me lève, je donne à manger aux chats, je fais le petit déjeuner et le café, s'il le faut, j'écris à mes correspondants, je leur parle par Skype et puis j'essaie d'écrire. Je ne lis plus les articles dont mon projet d'échange en exige quotidiennement le devoir. Je ne joue plus de la guitare depuis longtemps. L'unique chose que je fais hors de cette routine, c'est de lire le livre pour la prochaine réunion de mon groupe de lecteur. Ce sera Don Quichotte. On discutera toutes les 940 pages de ce livre. Pour le terminer à l'heure, il faut lire 40 pages par jour. Oh là là Don Quichotte, vous et votre quête, vous êtes la goutte d'eau qui déborde la vase.

Mais, ce n'est pas juste. Je vous adore, Seigneur Quichotte.

Tout cela n'est pas sans conséquence. Je passe de plus en plus de temps devant l'écran de mon ordinateur, ce qui veut dire que je sors de plus en plus tard de la maison. En chemin à la piscine, je continue à écrire des notes sur des sujets des billets futurs. Il faut que je m'en souviens de chaque détaille. Chaque pensée pourrait me servir de sujet de discussion. Je déborde des idées, peut-être absolument stupides, mais il faut dire que la vase n'est plus vide, même à moitié. Après avoir nagé, il est déjà 10 h 30 avant que je ne mette le pied dans le métro. J'arrive au bureau de plus en plus en retard. Je dis bonjour à notre secrétaire énormément obèse. Je lui souris, dis bonjour. Elle me dit bonjour. Quand je quitte la réception, elle me demande, « Comment allez-vous ? » Je bredouille « Bien, et vous ? ». L'échange m'énerve. Pourquoi me demander cette question si on n'a pas le temps d'y répondre. Mais bien, peut-être, elle m'invite de causer un peu. On ne sait pas. J'imagine qu'elle veut me dire « je te vois Go. Tu es encore une fois en retard. » Oui, évidemment.

Je ne m'en plains pas. En fait, ces jours-là je suis très content. Mon chef m'ignore. Tout le monde m'ignore. Je suis absolument invisible au travail. Je dois écrire deux textes qui me donne prétexte d'être absorbé dans un immense travail mais au bout du compte il n'y en a aucune difficulté.

Ce n'est que les oiseaux du bureau qui font attention à ma présence. Je leur parle, Jojo, DJ et parfois Coucou. Aujourd'hui moi et lui, nous avons passé une heure en parlant du pape. Ce sera un sujet d'un futur billet. Promis ! Et je vous jure, mon cher lecteur, je reviendrai un jour au sujet du deuxième oiseau. Entre-temps, j'essaie de m'arrêter de me noyer ou de gagner cet épreuve contre la montre.

Au début de la semaine, j'ai même pensé prendre un jour de congé à la fin de la semaine, mais c'est vraiment une idée imbécile. Je peux faire tout ce que je veux au travail en toute impunité. Je peux même sortir tôt, si je le veux. C'est le paradis, quoi, sauf que je reste totalement débordé.

En revanche, il y a un avantage inouï de ce trop-plein que j'ai oublié de décrire. Avant cette semaine, je n'ai jamais pris le métro à 10h30. Ce que l'expérience est tout à fait différente ! Les navetteurs boudeurs sont au travail et les oiseaux migratoires et touristiques les remplacent. La méchanceté est disparue, et les sourires sont partout. On peut regarder les gens dans les yeux. Cela ne les provoque pas. Ils l'adorent comme des touristes qui regardent autour d'eux pour voir si les gens de la ville qu'ils visitent sont sympas. Je suis le seul ambassadeur du train qui leur dit « Oui ! » Ce matin, en cherchant une place libre, une petite fille est soudainement sortie dans le couloir. Par réflexe, je lui ai évité, puis à la réflexion j'ai dirigé mon regard en bas. Qu'est-ce qu'il y a ? Ah, une jolie fille qui me regarde. « Bonjour, ma petite. »

Je me suis installé dans une place à côté d'une vielle dame. Elle m'a même souri. Quel monde qui est dans le métro après 10h30. Est-ce comme ça tous les jours ? Ensuite, je me suis plongé dans la lecture. Comment est-ce que je vais arriver à lire 40 pages aujourd'hui ? Cinq pages plus tard, c'est l'arrêt pour changer du train. Je me suis levé pour m'approcher de la porte, avant que le train n'arrive à la prochaine station. Une jolie femme à côté de sa fille m'approche et puis me demande, « Monsieur, je suis de la Californie et nous sommes en visite à votre ville de Washington. Est-ce que vous auriez la bonté de prendre une photo de ma fille et moi ? » « Bien sûr, madame ! Un, deux, trois, souriez ! »

Je me suis pensé après avoir quitté le train, « Madame, je le ferais comme si vous étiez la belle Dulcinée du Toboso dont rêvait Don Quichotte. »

Sancho Panza, s'il vivait à notre époque, dirait que dans l'épreuve contre la montre, c'est la montre qui toujours gagne. Moi, je ne suis pas d'accord. En perdant, j'ai gagné, au moins aujourd'hui.