vendredi 2 avril 2010

Les vertiges sur les ponts politiques


pont n. m. Construction, ouvrage reliant deux points séparés par une dépression ou par un obstacle... Fig. Ce qui sert de lien (entre deux choses). syn. intermédiaire.
—Le Robert
Cette définition n'exprime guère ni l'énorme foi et confiance qu'il faut vouer à nos ponts, ni l'énergie et les ressources utilisées que nos sociétés investissent pour les construire et maintenir. Avec les chaussées, les ponts ont leur propre école et un service public qui sont chargés de la construction et de l'entretien des voies publiques. Autrement dit, ils sont les artères physiques de notre corps social. On met un tel effort à les rendre sûrs et dignes de notre confiance, qu'on finit par les considérer comme allant de soi, comme on ne pense guère aux artères et veines de notre corps qui relient le sang du coeur aux extrémités et ramènent le sang des capillaires au coeur. Telle est l'importance de ces ponts.

Hier matin, sur la radio j'ai entendu dire le mot pont dans un contexte inouï. Le président a surpris ses partisans par sa décision de laisser construire des puits de pétrole dans les écosystems fragiles du côte Golfe de la Floride aux plages atlantique de l'état de Delaware. Il a également proposé l'installation des tours de forage dans les eaux froides de l'état de l'Alaska. Depuis 1981, les gouvernements successifs de Reagan, Bush, et Clinton pensaient bien garder le moratoire sur les forages en mer. Sous Reagan, on a instauré le moratoire. Sous Bush père, on a autorisé plus de protections, et sous Clinton le moratoire a été prolongé à 2012. Bush fils, notre président-entrepreneur, voulait rompre le moratoire. Il a osé de le rendre caduque au nom de notre dépendance du pétrole, mais il a échoué. Maintenant, c'est M. Obama qui a su surmonter les obstacles au développement contre lesquels avait buté M. Bush. Pour justifier cette volte-face, notre saint président nous a, d'un air solennel, prononcé que plus de construction des forages est un pont jusqu'à ce que ne soit développée une énergie alternative.

Ce n'est pas la première fois qu'un homme politique utilise le mot pont dans son sens figuratif. M. Clinton, pendant sa présidence, nous a tout le temps assené avec son fameux pont au vingt-et-unième siècle, mais la première fois qu'il nous l'a dit, il n'était pas un poncif. Il a dit, « Construisons un pont. Un pont assez fort et grand sur lequel tout Américain puisse traverser et arriver à une terre bénie de nouvel espoir. » Les sceptiques nous disaient que M. Clinton avait le don de la parole facile et parfois creuse. Tout cela est possible. Il y a, dans ces propos, quelque chose de remède de charlatan. Un pont n'est pas une voie à sens unique au-dessus des eaux troublées et dangereuses. Il est une voie qui fonctionne dans tous les sens, du présent au passé et au futur. Son pont était un appel à l'oubli, qui l'aidait à faire avaler son politique au public. Avant d'écouter leurs propos, il faut se souvenir d'une devise inexprimée de tout homme politique rusé : Oubliez, acceptez, et avancez aveuglement.

On sait très bien qu'Obama a su la puissance de cette mélange d'espoir et ponts, mais je ne savais à quel point il se prend pour un pont. Pendant la présidentielle il a même prononcé qu'il a passé son « entière vie d'adulte à essayer de jeter un pont entre toutes sortes de gens différents. C'est dans mon ADN, essayer de promouvoir la compréhension mutuelle. C'est qui je suis. C'est ce en quoi je crois. C'est le sens de cette campagne. »

Et quel sens de cette campagne reste dans l'administration Obama ? Faut-il construire un pont entre les paroles de la présidentielle et les actes de son administration ? L'écart entre ses promesses écologiques et sa volte-face récente nous décèle les dangers de ses joutes verbales pyrotechniques. Nous autres américains, qui se préoccupent de l'avenir de l'environnement, nous étions effrayés par l'hostilité de l'époque Bush et puis l'espoir des années Obama nous a soulagé pendant la campagne. Et maintenant, nous avons des vertiges sur ce pont entre le présent et l'avenir, n'est-ce pas ?

Je me demande où est l'Obama futur qui puisse nous guider à redescendre le pont actuel que l'Obama actuel a construit afin que nous puissions mettre les pieds en terrain sûr.

jeudi 1 avril 2010

Contre la montre

Mon cher lecteur, je m'excuse. Je suis tellement débordé aujourd'hui. Je crains que désormais ce ne soit le cas tous les jours. Je me lève, je donne à manger aux chats, je fais le petit déjeuner et le café, s'il le faut, j'écris à mes correspondants, je leur parle par Skype et puis j'essaie d'écrire. Je ne lis plus les articles dont mon projet d'échange en exige quotidiennement le devoir. Je ne joue plus de la guitare depuis longtemps. L'unique chose que je fais hors de cette routine, c'est de lire le livre pour la prochaine réunion de mon groupe de lecteur. Ce sera Don Quichotte. On discutera toutes les 940 pages de ce livre. Pour le terminer à l'heure, il faut lire 40 pages par jour. Oh là là Don Quichotte, vous et votre quête, vous êtes la goutte d'eau qui déborde la vase.

Mais, ce n'est pas juste. Je vous adore, Seigneur Quichotte.

Tout cela n'est pas sans conséquence. Je passe de plus en plus de temps devant l'écran de mon ordinateur, ce qui veut dire que je sors de plus en plus tard de la maison. En chemin à la piscine, je continue à écrire des notes sur des sujets des billets futurs. Il faut que je m'en souviens de chaque détaille. Chaque pensée pourrait me servir de sujet de discussion. Je déborde des idées, peut-être absolument stupides, mais il faut dire que la vase n'est plus vide, même à moitié. Après avoir nagé, il est déjà 10 h 30 avant que je ne mette le pied dans le métro. J'arrive au bureau de plus en plus en retard. Je dis bonjour à notre secrétaire énormément obèse. Je lui souris, dis bonjour. Elle me dit bonjour. Quand je quitte la réception, elle me demande, « Comment allez-vous ? » Je bredouille « Bien, et vous ? ». L'échange m'énerve. Pourquoi me demander cette question si on n'a pas le temps d'y répondre. Mais bien, peut-être, elle m'invite de causer un peu. On ne sait pas. J'imagine qu'elle veut me dire « je te vois Go. Tu es encore une fois en retard. » Oui, évidemment.

Je ne m'en plains pas. En fait, ces jours-là je suis très content. Mon chef m'ignore. Tout le monde m'ignore. Je suis absolument invisible au travail. Je dois écrire deux textes qui me donne prétexte d'être absorbé dans un immense travail mais au bout du compte il n'y en a aucune difficulté.

Ce n'est que les oiseaux du bureau qui font attention à ma présence. Je leur parle, Jojo, DJ et parfois Coucou. Aujourd'hui moi et lui, nous avons passé une heure en parlant du pape. Ce sera un sujet d'un futur billet. Promis ! Et je vous jure, mon cher lecteur, je reviendrai un jour au sujet du deuxième oiseau. Entre-temps, j'essaie de m'arrêter de me noyer ou de gagner cet épreuve contre la montre.

Au début de la semaine, j'ai même pensé prendre un jour de congé à la fin de la semaine, mais c'est vraiment une idée imbécile. Je peux faire tout ce que je veux au travail en toute impunité. Je peux même sortir tôt, si je le veux. C'est le paradis, quoi, sauf que je reste totalement débordé.

En revanche, il y a un avantage inouï de ce trop-plein que j'ai oublié de décrire. Avant cette semaine, je n'ai jamais pris le métro à 10h30. Ce que l'expérience est tout à fait différente ! Les navetteurs boudeurs sont au travail et les oiseaux migratoires et touristiques les remplacent. La méchanceté est disparue, et les sourires sont partout. On peut regarder les gens dans les yeux. Cela ne les provoque pas. Ils l'adorent comme des touristes qui regardent autour d'eux pour voir si les gens de la ville qu'ils visitent sont sympas. Je suis le seul ambassadeur du train qui leur dit « Oui ! » Ce matin, en cherchant une place libre, une petite fille est soudainement sortie dans le couloir. Par réflexe, je lui ai évité, puis à la réflexion j'ai dirigé mon regard en bas. Qu'est-ce qu'il y a ? Ah, une jolie fille qui me regarde. « Bonjour, ma petite. »

Je me suis installé dans une place à côté d'une vielle dame. Elle m'a même souri. Quel monde qui est dans le métro après 10h30. Est-ce comme ça tous les jours ? Ensuite, je me suis plongé dans la lecture. Comment est-ce que je vais arriver à lire 40 pages aujourd'hui ? Cinq pages plus tard, c'est l'arrêt pour changer du train. Je me suis levé pour m'approcher de la porte, avant que le train n'arrive à la prochaine station. Une jolie femme à côté de sa fille m'approche et puis me demande, « Monsieur, je suis de la Californie et nous sommes en visite à votre ville de Washington. Est-ce que vous auriez la bonté de prendre une photo de ma fille et moi ? » « Bien sûr, madame ! Un, deux, trois, souriez ! »

Je me suis pensé après avoir quitté le train, « Madame, je le ferais comme si vous étiez la belle Dulcinée du Toboso dont rêvait Don Quichotte. »

Sancho Panza, s'il vivait à notre époque, dirait que dans l'épreuve contre la montre, c'est la montre qui toujours gagne. Moi, je ne suis pas d'accord. En perdant, j'ai gagné, au moins aujourd'hui.

mercredi 31 mars 2010

Le regard d'un oiseau de prison

Avant de conclure l'histoire des oiseaux du bureau, je fais une pause pour parler d'un autre oiseau. En anglais on dit qu'un oiseau de prison (ou jailbird) est un taulard. Imaginez-vous le drôle de regard que ces oiseaux de prison font quand leurs financés ou copain leur rendent visite.

Selon Larry Smith, qui a écrit sur ses visites conjugaux dans la prison où sa financée purgeait sa peine de 15 mois, il n'y a rien de plus magnifique. Non, on n'avait pas le droit d'avoir des relations intimes dans la prison à sécurité minimale, mais il semblait que le contretemps d'être privé de son amour lui convenait. Il pouvait faire les sacrifices pour prétendre un amour sans limite, et il n'avait à le faire qu'une fois par semaine ou moins. Mais la chose la plus surprenante de l'histoire était comment il a reçu les nouvelles que sa financée était en effet une taularde.

Elle lui a appelé et dans une voix ébranlée, ce qui ne lui était jamais habituel, lui a ordonné, ce qui me semble tout à fait habituel, « Il faut parler, immédiatement. » Tout d'abord il a pensé qu'elle allait lui engueuler sur la dernière bêtise qu'il a commis à son insu. Mais, non. Il avait la chance cette fois-ci. Elle allait en prison.

J'ai lu l'article deux fois. La chose la plus essentielle semble de savoir juste exactement ce qu'elle a dissimulé derrière tous ses airs d'une jolie blonde ingénue et innocente mais agressive, audacieuse, et aventureuse. Selon lui elle n'était que jeune et stupide à l'époque où elle a commis ses actes de blanchissage d'argent en passant son temps avec les réseaux de trafiquants de drogue. Il n'a pas dit qu'elle était intelligente, mais il a cité le nom de son pedigree prestigieux. Elle a obtenu son diplôme de Smith College, qui est l'une des meilleures institutions éducatives privées aux Etats-Unis. Pour y assister un an il faut payer plus de 37 000 dollars par chaque tête éduquée. Et dire qu'elle y assistait et fréquentait les trafiquants de drogue en même temps. Audacieuse et talentueuse, n'est-ce pas ?

Mais l'amour, qui peut l'arrêter ? Je n'oserais pas. Tout ce que je veux demander à ce mec Larry Smith est ce qu'il voit quand il la regarde dans les yeux ? Il a dit qu'elle n'est plus comme ça. Soit. Mais comment est-ce qu'il le sait ? Et avec tant de confiance ?

Moi, je l'avoue. Je regarde les filles dans le métro, dans l'épicerie, dans le bureau. La grande majorité du temps, il est impossible de les regarder. Elles m'ignorent ou m'évitent. Soit. Mais je reste curieux. Qu'est-ce qu'elles pensent ? Souvent j'ai le même sentiment d'angoisse quand je parle à une membre de la gent féminine. La conversation semble toujours virer vers ma culpabilité et quand je les regarde dans les yeux c'est toujours le même énigme. Qu'est-ce qu'elles pensent ? Et comment est-ce que je peux enlever cette tâche de saleté qui semble me coller chaque fois que je parle à une femme ?

Mais après avoir lu cet article, je me demande désormais « qu'est-ce que vous dissimulez derrière toutes les reproches, les récriminations et l'agressivité ? Est-ce vraiment l'amour ? Ou est-ce tout cela juste les chants des oiseaux de prison ? »

Oh, je sais que je suis injuste. J'ai bien échoué dans ce billet, mais l'énigme, mystérieux et vaste, dépasse l'horizon de mon esprit.

Prochaine fois, c'est promis, je conclue mon histoire des deux oiseaux du bureau.

Les deux oiseaux du bureau

Aujourd'hui deux oiseaux du bureau m'ont rendu visite. Ils ne sont pas vraiment oiseaux. C'est que leurs façons de parler me font penser à un animal qui vous regarde sans ciller et puis sans avertissement ils commencent à vous parler. Les écouter et les comprendre, c'est comme chasser et saisir un oiseau au filet à papillons. On les regarde, et les regarde encore. On ne leur dit rien, et surtout quand on s'approche d'eux. On ne les quitte jamais des yeux, mais en revanche en ne les regarde jamais droit dans les yeux. L'énigme de leur regard paralyse le chasseur le plus habile, et puis ils s'envolent loin avant que l'on ne soit arrivé à plusieurs mètres d'eux. Et dire que jusqu'alors l'on n'aurait jamais pensé qu'ils étaient sur le bord de partir.

Si vous n'arrivez pas à saisir mes propos et que vous n'avez pas de filet à papillons, essayez-le avec un appareil photo. C'est sûr que vous arriverez comprendre la difficulté de s'entendre bien avec les oiseaux du bureau.

Vers une heure le premier oiseau a sautillé dans mon bureau. On s'est dit bonjour, puis nous nous regardions. Moi, l'être humain, derrière mon bureau et jojo, l'hibou, muet et surnaturellement calme devant moi. Je lui ai regardé dans les yeux pales et vite frappé de paralysie par l'énigme. Dans ma stupeur je me suis demandé « Qu'est-ce que j'y vois ? » Je me suis remué la tête, me suis frotté les yeux, et j'ai patienté. Et, puis, rien. Est-ce qu'il va parler ? Quoi ?

« Oui, qu'est-ce ce qu'il y a ? Comment allez-vous Jojo ? » je lui ai enfin demandé. Comme si ma voix a dû lui surprendre, il a remué une aile, lentement et avec caution, puis il m'a dit, « Oui, je pense que, oui, selon Bruno, il dit que, il y a mainte façons d'arriver à expliquer les différences entre les deux méthodes, et les deux sont mauvaises... » je lui ai laissé parler, mais enfin j'ai dû l'interrompre, mais pas avant que je n'aie mis ma tête sur la table, ni avant que je ne me suis adossé loin dans ma chaise, mais jusqu'à ce que ma pauvre cervelle m'a hurlé de lui arrêter avant que je ne doive courir la pharmacie pour une ordonnance du médicament ADHD.

« Mais, il faut dire que je ne comprends rien de tout de ce que vous avez dit Jojo ? Pourquoi faut-il me dire tout cela ? » je lui ai demandé. Après quoi, il a tout recommencé, et ensuite il a sorti une feuille de papier. A ce point j'ai deviné qu'il s'agissait d'un courriel que j'ai envoyé à mon chef il y a trois jours, et il était là pour me donner son avis là-dessus. Il pensait bien répéter tout ce que disait Bruno, un autre salarié, et il essayait de répéter ses propos au pied de la lettre. Je connaissais tout l'avis de Bruno. Il semblait que j'étais au centre d'un jacassement étourdissant des gens qui parlaient sans réfléchir et pour éviter la folie, il fallait que mon chef, Bruno et lui me comprissent. Je l'ai arrêté encore une fois et lui ai insisté, « J'ai été très bien patient de vous écouter Jojo, et je comprends exactement ce que vous pensiez me dire. » Il a clignoté deux ou trois fois, puis il a dit, « Oui. » J'ai dû essayer encore une fois d'expliquer le problème et ma solution, puis il a convenu de dire que j'avais raison et qu'il fallait nuancer les propos dans le texte d'une lettre adressée à un client au lieu de lui écrire un tas d'absurdités et de contradictions.

Juste quand j'ai pensé que nous étions d'accord, jojo voulait me dire qu'il comprenait très bien tout avant son arrivée dans mon bureau. L'oiseux petit et méticuleux répétais tout ce que je lui disais tout à l'heure et il m'était impossible de me débarrasser de lui, même quand je lui ai dit, « C'est bien. Vous voyez comment ça marche. On a bien resolu l'énigme. » « Oui, c'était exactement comme je le pensais. Cela marche... » et ensuite il a utilisé les même paroles que je venais de lui dire. « Ah, oui. C'est donc bien terminé, nous sommes d'accord, » j'ai essayé encore une fois. Mais il n'a pas laissé tombé la proie de son bec. Il m'a répété toute l'histoire encore une fois. « Bon » je lui ai dit, un sourire agacé figé sur mon visage, j'ai patienté en voyant son regard vide et absent, puis je lui ai dit « Merci, au revoir. » Mais l'oiseau adore chanter la dernière note, « Oui, bon, c'est bien fini, merci pour votre compréhension. Au revoir. » Je lui ai regardé interloqué les yeux rivés sur lui et la paralysie de l'énigme s'est emparé de tout mon esprit. A ce point, je ne sais pas comment il est arrivé à quitter mon bureau. La dernière chose que je me souviens était que nous nous sommes regardé et puis il a dû s'envoler sans avertissement.

Deux heures plus tard DJ m'a rendu visite. Il est un oiseau de tout autre plumage. Ses gestes sont rapides. Il sourit souvent, il a les yeux vifs et alertes, mais ses propos sont aussi décousus que ceux de Jojo.

Attendre la suite !

lundi 29 mars 2010

Les païens en quête des lys des cerisiers en fleur



Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; ... Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent.

Matthieu VI, 27-30

Hier, j'étais parmi la foule des païens en quête des lys des cerisiers en fleur. Au bassin de marée du parc West Potomac une mosaïque de touristes ont inondé le bord de l'eau jalonné de cerisiers en fleur. Ils viennent de tous les pays et de l'Amérique profond aussi. J'ai entendu dire les accents de l'Angleterre, de l'Irlande, et du Sud de l'Etats-Unis. J'ai vu les visages blancs russes, la peau brune pakistanaise, et les yeux en amande perses parmi une foule d'âmes asiatiques.

Parsemé entre ses scènes de vie en famille, y avait-il des moments du bonheur qui échappait des visages des participants à leur insu. Je me souviens d'une scène autour d'un arbre. La famille a mis en haut leur petit fils comblé de joie d'être au faîte du regroupement de la famille. Au dessous de lui était sa famille qui patientait pour que la fille prenne la photo. Leur joie était contagieux. J'ai beau essayer de les laisser tranquille, mes yeux étaient rivés sur eux. Malgré toute cette beauté, tous les cœurs n'étaient pas aussi sensibles. A chaque instant de bonheur, deux instants de malheur. Quand je suis sorti du métro, j'ai été accueilli par un troupeau de vautours de touristes. « Bonjour monsieur, où est-ce que vous allez aujourd'hui ? Est-ce que je peux donner des directions à un musée ? Smithsonian, Air and Space, la gallérie de l'art ? » sont ses premières questions. « Ah, voilà monsieur vous chercher le bassin de marée, allez tout droit et au suivant carrefour tournez à gauche. Et si on donnait cinq ou dix dollars pour les sans-abri ? Non, pas un dollar, mais cinq ou dix. Merci. Tenez, une carte pour vous, monsieur. » Cette carte n'est rien d'autre qu'on trouverait gratuitement au bureau de tourisme. Cinq dollars pour un sac de couchage ? Plein en face des symboles de notre gouvernement qui s'en fiche du sort des pauvres. Faut-il en donner plus pour graver sur le marbre des monuments « Chacun pour soi et Dieu pour tous. »

Je m'écarte de mon sujet.

A part de ceux qui rayonnaient de bonheur, il y avait quelques-uns qui étaient à leur su mécontent, et ils n'avaient honte ni de froncer les sourcils ni de le dire tout haut. Un pauvre garçon qui parlait anglais hurlait et pleurait à sa mère, « Mais, pourquoi est-ce qu'on va faire des choses que je ne veux pas faire ? » A ma grand surprise, sa mère lui a répondu en français, « Allons voir ces jolies fleurs ici. Viens donc ! », et puis elle ne lui faisait guère plus d'attention. C'était sa seule façon d'adoucir la violence de sa rébellion. La beauté dompterait-elle la bête ?

La plupart des gens n'étaient ni heureux ni malheureux. Ils se promenaient comme tirés par une ficelle invisible. Une lente et parfois maladroite procession autour du bassin faisaient-ils, tout en parlant à leurs proches. « Regarde ça, c'est génial ! », a dit une jeune fille. « Je n'aime pas les nouvelles voitures, ce qui me plaît, c'est les vielles, » a proclamé un plouc de l'Amérique profond qui a vu subir une voiture qui ne lui plaisait pas. « Peut-être ils sont sortis pour la journée et ne sont pas allés à l'église, » a dit une mère à son mari interloqué par une disparition inédite. « Fais attention à ce que tu fais ! » suivi d'autres commandes « Attends ! Ici, ici, ici, regarde-moi ! Prêt ? un, deux, trois, sourit ! », puis un regard mécontent, et une question, « pourquoi est-ce que tu as fait cette mine de monstre ? »

A ce point, je me suis demandé, « Sommes-nous tous américains ? Sommes-nous venus ensemble ici pour un moment collectif de paix comme l'on disait jadis des lis des champs ? » Moi, je me sentais seul dans la foule, un visage dans ce tissu social, mais sans avoir le moindre lien avec la plupart de l'humanité.

Les seuls qui me semblaient dans leur élément étaient les canards. Je vous laisse cette photo.

dimanche 28 mars 2010

Rendu braque

Et la suite du dernier billet.

Tu te souviens que dans mon dernier billet, le héros de notre histoire se trouvait face à face avec une drôle de crise. Devrait-il continuer à écrire sur l'internet ? Trouverait-il plus de monde qui s'intéresse à partager leurs opinions avec lui ? Est-ce qu'il arriverait à comprendre ce qui se passe dans sa vie quotidienne et ensuite à savoir comment le décrire d'une manière plus intéressante et distincte que celle de l'inondation de l'opinion qui déborde déjà le lecteur de trop d'information inutile ? Est-ce que sa femme comprendrait son désir don-quichottique de voyager partout dans le monde virtuel en quête des aventures comme l'on avait fait à l'époque des diaristes-chevaliers errants ?

Un diariste errant, comme un chevalier errant, doit subir beaucoup d'épreuves de sa conviction et de son courage. Il doit former ses opinions, essayer de s'exprimer le mieux possible, et puis recevoir avec grâce l'humiliation des réponses démoralisantes. Le risque, que court volontiers le diariste errant, est de mélanger sa naïveté, ses tentatives initiales, et puis les réactions hostiles dans une sorte d'expérience universelle, mais dans ce monde si virtuel, si individualiste, s'il y échoue, il ne collectionne que des échecs. Et il expose inutilement au monde entier ses détailles intimes.

Est-ce que je vous ai dit, mon cher lecteur, que je lis "Don Quichotte" de nos jours ?

Et maintenant la suite de l'histoire.

Comme je disait dans le dernier billet, j'ai demandé à mon ami s'il voulait lire mon blog et le week-end suivant il m'a dit qu'il n'en avait pas retenu grand chose. Il y a une semaine notre héros semblait au bout du rouleau, son existence de diariste errant menacée de tous bords. Il lui semblait nécessaire de renoncer à l'écriture, ranger sa plume virtuelle, éteindre les lumières dans sa tête et aller regarder la télé réalité. Au dernier moment, il a suggéré à son ami, « Mais s'il faut lire un seul billet de mon blog, essaie celui-là. »

Il est vrai qu'il m'a laissé un commentaire sur le billet recommandé, mais seulement un. Soit. Aujourd'hui je lui ai parlé, et il m'a dit qu'il lisait les billets chaque jour. Ils lui plaisaient. Mais, à ce point il est devenu plus circonspect. « Est-ce que tu n'as pas peur de laisser trop d'information sur l'internet ? Si ton voisin découvrait qu'il était accusé d'être un arnaqueur des tomates ? Tu cours un risque de t'exposer trop, n'est-ce pas ? » Enfin, à mon avis, je suis aussi invisible dans le monde virtuel que dans le monde réel. J'ai fait une recherche pour le nom de mon blog sur google. Rien ! Mais il persistait délicatement que ces épanchements personnels ne sont pas discrets. « Peut-être serait-il plus sage d'effacer les traces de mon identité sur le blog ? » je lui ai proposé. Voilà une idée qui lui plaisait.

Et comme le chevalier de la figure triste, qui a été rendu fou par la lecture des romans chevaleresques, a dû changer son vrai nom à Don Quichotte, je dois changer mon nom aussi à force d'un amour fou de la France. Dès maintenant, je suis Ren du Braque (par l'écriture), diariste errant.

Une crise d'écriture

Il est souvent que trop de prudence ou la peur d'être indélicat m'oblige à me rester coi. Mais à force de mon amour insensé de la langue française, j'ai fini par vouloir m'insérer dans le monde francophone et croire à l'universalisme et à la devise de la République française. J'ai parcouru le monde francophone, assisté à des cours à l'Alliance française, rencontré des français, et maintenant je suis transformé en dingue francophile. Cet amour m'a même poussé de tenir un blog, le comble du nombrilisme, et me lier fortement à la toile d'autant que ma femme s'inquiète de ma santé mentale. Comme il faut pratiquer la langue tous les jours, j'essaie de parler et écrire en français à chaque occasion possible. Par exemple, bien que je ne comprends rien de cet idiome « Bonjour ... ! » qui me semble évoquer le contraire de ce qu'on dirait anglais, je m'efforce de me dépayser de plus en plus en l'écrivant, « Bonjour la prudence ! »

Il y a deux semaines j'ai commencé à écrire un billet par jour. Au début, cela me semblait être un projet facile, mais j'ai vite découvert qu'un billet par jour, c'était épuisant. Il est difficile de trouver le contour de ses pensées, de les modeler, et puis de chercher les mots appropriés. On peut passer des heures et des heures se demandant, « Est-ce que je me suis bien exprimé ? Cette paragraphe, n'est-elle pas un peu décousue ? Dois-je terminer cette paragraphe et passer à la suivante ? »

La chose qui me surprend était ma réaction. J'étais fier de mon style et de chose inventées, mais j'ai vite compris qu'il est beaucoup plus intéressant d'écrire les blogs que de les lire. J'ai dit à mes amis que j'avais un blog. J'étais fou de joie lorsque mon amie Suisse m'a laissé un commentaire deux jours de suite. J'ai commencé à penser « Voilà, c'est pas mal. Encore un moyen d'entretenir une conversation. » Mais, le lendemain, elle n'a pas écrit de commentaire, le surlendemain, toujours rien, ni les jours suivants. Evidemment, je dois éprouver le même sentiment que mes 'lecteurs' doivent éprouver quand ils m'envoient un lien à un billet quelconque qui est absolument décousu mais contient, peut-être !, un petit brin d'humour. Mais en fait, je ne cours pas les compliments dans l'univers virtuel, je cherche un moyen de voyager. C'est-à-dire un moyen de me mettre en contact avec des personnes dans chaque coin du monde francophone et essayer de les écouter et de m'exprimer le mieux possible.

Une semaine écoulée depuis son dernier commentaire, je lui ai écrit qu'elle m'avait gâté ! Et tout d'un coup elle m'a fait rendre compte que je suis un type qui se gâte trop facilement. Je lui ai demandé si elle voulait lire le billet de dimanche. Elle ne m'a écrit pas un commentaire mais deux ! Après cela, rien. Bonjour la conversation ! Retour à la routine.

J'ai demandé à un autre ami s'il voulait lire mon blog, et il a dit sans grand enthousiasme qu'il le lirait. Le week-end dernier je lui ai demandé s'il l'a plu. Il m'a dit que j'ai écrit quelque chose sur un sujet quelconque, et qu'il n'a pas retenu le fil de mon sujet. Oh là là !

Et ensuite, je suis arrivé à une drôle de crise d'écriture. Dois-je continuer à écrire sur l'internet ?

En tout cas il faut attendre la suite qui continuera dans le prochain billet.