jeudi 21 avril 2011

Mes correspondances

Cher M. du Braque,

Comment je vous néglige. Même votre nom n'est pas bien. J'aurais dû choisi Ren de Braque. C'est trop tard. Vous êtes et serez toujours un aristocrate déchu et loufoque.

Cela fait longtemps que je ne vous écris plus. Comment vous expliquer ce qui m'arrive quand je regarde l'ordinateur, un billet naissant dans la tête qui n'osait pas de sortir. Oh, j'ai essayé, mais l'écheveau noir de phrases sur l'écran gris-blanc me laissait las. J'ai toujours fini par me demander pourquoi dois-je publier ce billet plein de mes pensées incohérentes, et cela me faisait penser que je n'avais rien plus à dire. Jour après jour s'est écoulé. Je me sentais impuissant et usé, tandis qu'en évitant de vous écrire j'ai examiné ma vraie vie. Quoi puis-je changer ? Puis-je changer ? Comment arranger l'horaire pour arracher un petit peu de bonheur de plus ? Où trouver un peu de sens dans un afflux de monotonie ?

Vous savez très bien ce que je faisais. Je lisais les journaux, faisais la cuisine et faisais de l'exercice. Je veillais ma boîte aux lettres pour un courriel qui n'arrivait jamais. Et même si un arrivait, je n'étais content qu'un instant. L'instant après mon âme se retrouvait coincé entre l'ennui et le mécontentement. Vous savez que j'avais toujours des idées. Je les répétais à moi-même et parfois à Chouchou. Et puis devant l'ordinateur c'était le trac qui faisait oublier les lignes ou la confusion d'un musicien qui se perd au milieu d'une longue fugue de Bach.

Mais, cher Ren du Braque, je n'ai pas commencé à vous écrire pour me perdre. Ah, attendez, ce n'est pas vrai. Oui, je voulais me perdre, bien sûr, je veux me perdre tout le temps. De plus, je voulais que vous me trouviez, que je vous trouve ou que nous nous rencontrions en chemin, par hasard. Faute d'être au rendez-vous, je vous ai abandonné mon ami, mes amis. Il faut vous retrouver et j'espère que cette lettre me remettre en selle.

Et maintenant c'est l'heure d'aller à la piscine, ensuite nager trente minutes. Après j'irai en vélo au bureau et, si mon esprit est bien prêt, je travaillerai huit heures. Avant de vous quitter, je voulais vous dire que j'ai commencé ce blog comme un élargissement de mes correspondances. Et malheureusement, mes correspondants ne cessent de me quitter. Plus qu'ils m'ont quitté, plus que je lisais les journaux, faisais des collections d'articles les plus intéressants, et attendais en vain des moments d'en parler avec eux. Aux moments perdus j'ai laissé échapper à Chouchou que si on lisait les journaux, après un peu de temps, on se lasserait des marronniers, des histoires de corruption et du sentiment vague que les espérances de l'Europe et des États-Unis sont en train de s'effondrer.

Mais, il me semble que c'est votre destin M. de Braque. Vous voulez se perdre dans les nouvelles. Vous voulez avoir le cafard. Et pour vous retrouver, je dois vous suivre et me perdre aussi. Désormais, je parlerai davantage de mes correspondances pour mieux correspondre.

A bientôt et bien amicalement,
Go

8 commentaires:

Colo a dit…

Je suis passée... et je reviendrai!

Celeste a dit…

Cher Mr de Braque. C'est vrai que votre nom a une allure quelque peu noble. Vous devriez vous écrire à la plume d'oie, cacheter avec un cachet de cire dans laquelle vous appuyeriez votre sceau.

Mr de Braque, mais oui, vos correspondances seraient un heureux sujet de correspondance, pour autant qu'il corresponde à votre humeur.

Votre plume reste belle même quand vous êtes maussade. Ne nous en privez pas!

Celeste a dit…

"Céleste" est, en fait, Edmée. Trop long pour expliquer ;)

Miss K. a dit…

un commentaire, un message, une lettre, un petit mot de vous, de toi : c'est un petit peu de bonheur de plus, aussitôt évanoui, absorbé par l'insatisfaction... ? c'est ça ! que peut-on changer ? ne rien attendre des nouvelles qui sont mortes. la vie tient toute entière dans l'instant. Ce qui manque, manquera toujours....

DEMAIN VIENDRA
Demain viendra avec ses deux ou trois sacs de courrier.
Il y aura tout plein de journaux.
Il y aura plusieurs centaines de lettres.
Et mon camarade et moi nous trieront ces journaux-là ;
et ces lettres-là nous passeront dans les mains
une à une
une après l'autre.
Nous empilerons nos sacs
et nous irons dans la pluie
de porte en porte
pendant des heures et des heures
distribuer les lettres et les journaux,
les centaines de lettres et le gros tas de journaux

Avec le large ciré noir sur mes épaules
dans la campagne triste
je ressemblerai à un oiseau qui lutte contre le vent et la pluie
je ressemblerai à un oiseau mouillé qui bat des ailes
désespérément
Mon coeur battra très fort
car chaque jour je dois appuyer très fort
sur les pédales de mon vélo

je ne saluerai plus les herbes
les herbes mouillées sont des ennemies
je ne saluerai plus les arbres
les arbres farouches et noirs, comme des diables sur l'horizon.

Jules MOUGIN (le comptable du ciel)
- ce poète ouvrier puis facteur parle à mon coeur d'esclave qui bat la campagne pour retrouver un peu le gout de vivre -

Amicalement
Carole

Colo a dit…

Se réfugier dans le silence en attendant d'en sortir...grâce à soi? aux autres?
La correspondance,- et tu écris et t'exprimes fort fort bien-, pour qu'elle se poursuive, requiert un effort dans le temps et un vrai intérêt pour les idées de l'autre. Qu'est-ce qui cloche dans ce monde?

L'instant présent donne de petits plaisirs mais la pensée ne peut vivre seulement dans le moment.
Enfin, j'arrête ici, mais ton billet est et a été le sujet de longues considérations personnelles.
Un saludo Señor de Braque.

Ren a dit…

Bonjour, merci pour vos commentaires. C'est toujours un plaisir de recevoir un petit mot de vous. J'essaierai de trouver de l'inspiration où elle se cache et du temps pour mon monde épistolaire au même temps que mon monde réel me rend fatigué.

J'adore que Jules Mougin ait pu tirer de la poésie de son sac de correspondances. Merci bien pour "Demain viendra".

En sortir, grâce aux correspondances, c'est ma salut pour l'instant. Ce qui cloche ? Peut-être c'est que l'on pense que tout est calculable, mais nous sommes de mauvais comptables.

A bientôt.

Delphine a dit…

Cher Monsieur du Braque,
N'avez-vous point démontré à diverses reprises combien le Quichotte, aussi grotesque et loufoque qu'il puisse paraître, était en réalité un homme inspiré et porteur des plus grandes vérités?
Savez-vous que la richesse d'une correspondance se situe en grande partie dans l'attente? L'attente d'une réponse, d'un bon mot, de pensées et de sentiments. Laissez donc vos correspondants y prendre plaisir et se perdre dans l'attente. Vous le savez, un mot de vous, un seul et nos humeurs peuvent changer, qui sait, le cours des choses. Alors, ne nous en privez pas de grâce. Courage, Monsieur du Braque et remerciez M. Go de nous avoir éclairé sur votre situation.
Bien amicalement,
delphine

Ren a dit…

Bonjour Delphine, Messieurs Go et du Braque te remercie.

- L'auteur de ce blogue qui a des ennuis de se faire parler Go et M. du Braque.

Merci Delphine, Go.

Oui, un grand merci madame Delphine, M. du Braque.