Hier, j'ai recommencé encore une fois à me mettre en forme. A 14h, je cours sur un tapis roulant pendant 30 minutes. Il y a 30 ans, je courais le 400 mètres, et après je me effondrais au sol, heureux de respirer profondément et exalté d'avoir volé un instant. Aujourd'hui, ô cruelle blague de vieillesse, je prie que cette machine sacrée ne me jette pas par terre en suçant l'air comme un naufragé. Après l'exercice, je la remercie, parce que sans l'exercice physique, je me sens assiégé. J'ai mal aux articulations. Je suis abruti, moins alerte, plus insomniaque et quelquefois j'ai la tête qui tourne. Grosso modo, je pense que le train-train de bureau, stress et ennui me ronge moralement et physiquement. Les seuls secours sont le café et l'exercice, mais le café, j'en abuse, et il commence à me faire plus mal que bien. Juste pour survivre, il faut en boire moins et me torturer plus.
L'exercice pendant la journée a deux avantages. Alors que je me torture au travail, une pause tapis-torture me rend plus efficace, et elle me permet le luxe de regarder des émissions de télévision très bêtes. Ma préférence est les bandes-dessinées des années soixante. Hier, on a diffusé une émission de la bande-dessinée The Pink Panther. C'est toujours un plaisir d'entendre le célèbre thème inoubliable de Henry Mancini. En revanche, j'ai été frappé de surprise par le talent artistique, quasiment absent de notre époque, de la bande-dessinée. Le décor, minimaliste et surréaliste, n'était qu'un tas de gribouillage en couleurs vives et foncées. Et les histoires, courtes et toutes pareilles, ont des nuances sophistiquées, littéraires et absurdes. Le pickpocket, qui est une araignée aussi, échappe au commissaire Clouseau en marchant sur un mur. Quand le commissaire essaie au nom de la loi de l'attraper en le suivant, c'est la loi de gravité qui attrape le commissaire. Il tombe au sol et une brique tombe sur sa tête plus tard. Dans une autre histoire, le commissaire entre dans une maison qui est hantée, mais le monstre qui hante le lieu, c'est vraiment son adjoint, Deux-deux. Il a bu une potion qu'il a trouvé dans la maison pour calmer son estomac, mais celle-là le transforme en M. Hyde chaque fois qu'il hoquette. Le commissaire lui demande de monter la garde dans une pièce, ils se séparent, Deux-deux hoquette, se transforme en monstre gigantesque, et quand le commissaire retourne, Deux-deux l'attrape dans ses mains vertes et monstrueuses, le plie dans une balle et le jette contre un mur. Plus tard une brique ou quelque chose tombe sur lui aussi. Dans le même programme, la panthère rose entre dans un parc d'attractions où les dés sont pipés. Il voit un garçon lance une balle qui atteint une cible et ensuite l'homme perché sur une planche tombe dans l'eau. Notre chat rose l'essaie, il atteint la cible aussi, mais au lieu de faire tomber l'homme, une trappe ouvre sous ses pieds et il tombe dans un bassin infesté de crocodiles. Plus tard une brique tombe sur sa tête.
Dans chaque histoire, un personnage de caractère stable s'attend que les lois qui s'appliquent aux autres, s'appliquent également à lui, et nous rions quand il apprend à ses dépens que tout est faux. Les apparences sont trompeuses, les dés sont pipés, les protagonistes, toujours trop crédules, rencontrent les Dr. Jeckyl qui se transforment immédiatement en M. Hype, battent les protagonistes naïfs, et se re-transforment en Dr. Jeckyl avant d'être découverts.
En quelque sorte, chaque rencontre avec Zanie, la voisine avec qui nous partageons un jardin, se répète ce scenario rose. Si elle était un personnage dans ce programme -- faites l'entrée du thème de M. Mancini -- on verrait que la famille Rose avait des chatons et elle avait des chats. Quand l'un part en vacances, le voisin qui reste veille sur tous les animaux, et quand le vacancier retourne, il fait un cadeau à l'autre. La famille Rose achète en France quelque chose de joli; Zanie leur donne quelque chose de l'aéroport. Petit à petit, la voix de verre brisé de Zanie fait mimer la panthère rose une crispation qu'il voudrait réprimer, alors que sa femme rose plonge de plus en plus profondément dans la terreur du désastre imminent qui briserait les relations amicales.
Au premier rencontre, madame rose relaie une requête de Zanie à M. Rose d'aider le fils de Zanie à porter un objet lourd à quelque part. Volontiers, il se lève et découvre que Zanie a trouvé une bouche d'incendie. Il porte seul cet objet en fer épais à l'endroit désiré, pendant que son fils, qu'elle appelle numéro 3, et qui est plus comme un bœuf qu'une panthère rose maigre, le regarde avec hauteur comme sa mère. En luttant avec ce menhir moderne, il foule les fleurs que madame Rose vient de planter, et après un long effort, couvert de sueur, il laisse tomber l'objet qui lui fait mal. Quand il retourne à la maison, madame Rose lui dit que l'endroit désiré était sur le côté Rose. Il hausse les épaules.
Plus tard, la famille Rose, en retournant des vacances, découvre que Zanie a mis un banc sur leur côté du jardin. En se plaignant à son mari, elle demande « Pourquoi ne peut-elle pas mettre son banc à son côté du jardin ? » Lui hausse les épaules. L'an suivant, la famille Rose retourne et découvre encore un banc sur leur propriété. Cette fois-ci madame Rose va lui demander pourquoi elle a mis ce banc comme ça ? Zanie lui explique que c'était à cause de l'homme qui l'aide maintenant, parce que M. Rose est toujours trop occupé de lui prêter la main. L'homme a dit qu'il faut mettre des dalles au-dessous du banc, mais si c'est comme ça, elle peut lui demander d'enlever les dalles. Madame Rose rentre hors de soi. Lui, il hausse les épaules.
En été, la famille Rose fait du jardinage. Ils ont un joli figuier. Ils pointent du doigt où se trouvent les figues naissantes. Zanie voit le couple et leur dit s'ils étaient sympas, elle leur donnerait des fruits de son figuier. M. Rose ouvre les yeux ronds. Madame, impassible, rentre à la maison, et jure et jure et jure. Chaque jour, les Rose couvent le figuier du regard. Un week-end, ils partent pour le Vermont, quand ils retournent, ils découvrent que tous les fruits mûrs ont été cueillis. Zanie leur en donne quatre. Les Rose ne savent combien elle a pris.
Il y a quelques jours, Zanie a appelé la maison Rose, une chauve-souris était dans sa maison. M. Rose l'a attrapée et l'a relâchée. Le jour suivant, Zanie leur a fait cadeau. Dans le sac se trouvaient deux boîtes de friandises de la marque Starbucks et une note sur laquelle elle a écrit, « Aucune bonne action reste impunie. » Quand madame Rose, a examiné les boîtes, après les avoir longtemps ignorées, elle découvre que la date de péremption est le 29 novembre 2009.
Je me demande pourquoi on ne fait plus de bande-dessinées comme la panthère rose ? Serait-il qu'elle est trop surréaliste ? ou juste sur-réaliste ?
Attendez ! Il faut que je vous quitte. J'ai la prémonition qu'une brique va tomber sur ma tête.
Dans le ventre des moineaux / El vientre de los gorriones
Il y a 5 jours