mercredi 11 août 2010

Cynisme, naïveté, et déception

Tôt ou tard, j'allais vous dire ce que je pensais sur mon exercice d'écriture. Mes billets, à mon avis, forment une sorte de correspondance avec ceux qui veulent échanger avec moi lecture et commentaire. C'est un exercice très intéressant, parce que je ne connais rien de ce monde. J'ai suivi mon chemin, souvent comme un ermite. Et me voilà, un homme qui a la quarantaine, mais qui ne sait rien. Il y a quelques ans, j'ai commencé à explorer ma ville et j'ai vite découvert que mes principes, mes goûts, mon expérience n'ont pas de résonance dans le monde. Souvent, quand mes opinions se heurtent les opinions d'autres personnes, ils font un bruit lourd et tombent au sol. Boum.

L'un de mes meilleurs amis nous en avons parlé. Selon lui, nous sommes âgés culturellement. Ce qui est ironique est que tous mes amis et moi ne comprenons ni les opinions de notre génération ni celles de la génération qui nous suivent ou nous précédent. Nous sommes vieux sans avoir profité de la culture de notre génération.

Et je vois mes meilleurs amis essayer de s'adapter aux mœurs contemporaines. Il brise mon cœur d'entendre parler l'un de mes amis sur « l'intelligence émotionnelle ». C'est la nouvelle "philosophie" en vogue dans les grandes entreprises. Grosso modo, il faut parler le moins possible, manipuler, culpabiliser, soupçonner les employés le plus possible, et toujours garder le sang-froid. Je l'ai écouté, un peu écœuré. Je lui ai convenu que cela pourrait être utile, mais je lui ai vite demandé « tu crois que le sang-froid face à une manipulation ouverte pourrait être un modèle personnel ? S'il faut le faire dans une entreprise, peut-être, mais ici entre toi et moi ? » La silence s'est installée à la table où Chouchou, moi, lui et sa femme étaient assis. Il m'a regardé et vite compris que nous suivions autrefois d'autres règles de conduite qui se voulaient absolument anticonformistes. Ce n'était qu'un instant. Nous sommes amis. Je sais qu'il doit porter ces costumes et coutumes. Il est le même. Il sait que je suis le même. Son ami qui le vois au-dessous de ses costumes et coutumes qu'il doit porter.

C'est avec cette insistance, cette obstination, que je parle dans mes billets. Oui, je veux provoquer, je sais que mes mots causent une tension. Si quelqu'un dit « je suis un grand méchant. » Je dis NON. Je veux voir au-dessous de vos costumes et coutumes. Et lorsque le moment arrive où on peut ou garder sa carapace méchante ou laisser voir son intériorité, je suis toujours déçu si on préfère la carapace, et certainement mes opinions se heurteront les autres. Le choc fera un bruit lourd.

Comme blogueur errant à la Cervantès, je crois que le choc est nécessaire. Je l'ai trop longtemps évité. On n'apprendra rien si on se range dans une carapace méchante ou dans un beau costume. Il faut courir des risques, parce qu'il y a simplement trop d'invitations à vivre sous les carapaces étouffantes. D'ailleurs, il faut guetter son reflet dans les yeux de la société. Il faut s'exposer aux dangers de mésentente. Il faut vivre presque nu, comme les Cyniques grecs. Mais chose curieuse, le mot cynique, comme il a transformé de l'antiquité au présent. Je compte trois définitions.


  1. Antiq., philos. Qui appartient à l'école philosophique d'Antisthène et de Diogène qui prétendait revenir à la nature en méprisant les conventions sociales, l'opinion publique et la morale communément admise. (Le Robert)

    Selon Wikipédia, Les cyniques "proposent une autre pratique de la philosophie et de la vie en général, subversive et jubilatoire."

  2. Cour. Qui exprime ouvertement et sans ménagement des sentiments, des opinions qui choquent le sentiment moral ou les idées reçues, souvent avec une intention de provocation. => brutal, impudent. (Le Robert)

    Selon Wikipédia, "on peut attacher à ce cynisme une sorte d'humour noir (parfois involontaire), pince-sans-rire, mordant et ironique, souvent employé pour manifester une certaine rébellion face à un monde incompréhensible de par la multiplicité des conventions factices, socialement admises, qui le régissent à la différence du sarcasme, qui ne recherche pour sa part qu'une démonstration de force."

  3. Et il existe encore le cynisme contemporain, par exemple celui de Sarkozy, qui adore son parler franc, derrière lequel il cache son mépris et son avarice. Il ment, il manipule, il méprise (cette fois-ci les Roms sont sa cible), il fait peur. Il a de l'intelligence émotionnelle, quoi.


Je vous avoue qu'il arrive souvent qu'on me prend pour un cynique. Et dans mon esprit les définitions les plus récentes sont les plus imposantes. Il me choque d'être appelé ainsi selon la définition contemporaine. Mais si on ignore le cynisme contemporain, j'accepte que dans mes billets il y a un cynisme auquel j'étais aveugle.

Et effet, si on pense que j'étais cynique, j'ai bien réussi dans mon dernier billet. J'ai fouillé dans ma mémoire, y mêlant des mots et voilà un billet jubilatoire, un humour noir, pince-sans-rire, et un peu subversif. Je ne recherche pas la brutalité. Peut-être suis-je impudent... Je n'aime pas ça, mais d'accord... impudent.

S'il s'agit vraiment d'un cynisme contemporain, je n'aime pas ce jugement, mais je sais très bien que les mots qu'on choisit ont un effet.

A vrai dire, le dernier billet se voulait très braque, espiègle, rebelle et un peu indiscipliné...

Mais je vous demande à ceux qui ont lu mon dernier billet. La paragraphe sur les gens qui nous annoncent "Je suis très méchant" et une personne qui ignore cet avertissement, parce qu'elle veut croire que son "ami" est bon au-dessous de sa carapace... Est-ce cynique ? Et puis de revivre cette déception chaque fois que ses amis se sont bien révélés méchants, est-ce cynique de le dire ? Est-ce la déception cynique ? Est-ce la prononciation de la déception cynique ?

Je pense voir un moyen de répondre oui. C'est qu'il faut oublier sa déception, retenir un peu de sa naïveté, et insister de plus en plus de voir l'intériorité sans descendre dans la déception.

Qui peut faire ça ?

Est-ce cynique de dire qu'au lieu de suivre cet idéal tout à fait hors de portée mon âme, j'aime presque tout le monde ?

Oui ? D'accord. Mais suis-je un Sarkozyste cynique ?

9 commentaires:

Delphine a dit…

Cynique dans ce billet? Non. Dans les autres? Si tu dis que non, je te crois, mais il est très difficile à un lecteur qui te lit depuis à peine quelques semaines de découvrir le réel objet de ton propos, tant se mêlent réel et irréel, jeu, dérision etc... désarçonnant dans un premier temps.. un regard original et très personnel sur le monde et ceux qui l'habitent. Je crois savoir à quoi m'en tenir dorénavant (sourire).

Delphine a dit…

Ah et euh, l'intelligence émotionnelle (j'en avais une autre définition) quelle horreur: le produit même de notre société individualiste! Ravie qu'on partage le goût de la franchise et de la compréhension, Go!

Ren du Braque a dit…

Ça fait trois mois que tu m'accompagnes dans mon monde réel et irréel ! Et c'est un fait !

J'essaie de peindre et dépeindre ce qui m'arrive : l'intelligence émotionnelle des corporations, les méchants qui se vantent de leur méchanceté, imagination qui s'empare de la réalité, fantômes qui marchent sur la terre, directeurs absents, rois régicides. Tout cela remue tant de sentiments refoulés qu'il finit par produire de la confusion. Mon art, si je peux oser l'appeler ainsi, se veut une recherche du sens perdu.

Et dans ma confusion, j'ai bien besoin de tes yeux. Voilà. Et... je te remercie pour m'accompagner.

Delphine a dit…

Go, n'est-ce pas notre recherche à tous? trois mois déjà?
Merci!

Colo a dit…

J'attendrai de mieux te connaître avant d'encore oser mettre un commentaire...

Ren du Braque a dit…

Patience, c'est toujours une bonne idée.

J'accepterai volontiers ton avis.

Au moment de l'écriture, j'étais un peu impulsif. Si je peux me soustraire un peu de ce billet, ce que j'ai trouvée et voulait faire voir dans ma hâte était le périple du mot cynique. Je me suis examiné par son prisme fracturé.

Merci de ta visite Colo.

k.role a dit…

qui est cynique ? vous qui cherchez à lire qui est la personne - la vraie - derrière sa carapace, ou celui qui s'identifie totalement à son rôle social, et se protège sous son costume au point de ne plus pouvoir rencontrer l'autre.
Pour moi le cynique c'est le mécréant, celui qui ne croit en rien, aucune transcendance, aucun amour, aucun changement possible de l'état des choses. Celui qui s'adapte au monde tel qu'il est sans rien faire pour défendre les valeurs qui font de nous des êtres humains et se laisse corrompre jusqu'à ne plus être qu'une machine à produire et à consommer !

Edmée De Xhavée a dit…

Moi aussi, je lis souvent tes billets sans savoir encore ce que je pourrais en dire, sinon pour le style. Je suis attirée par ton blog, oui. Mais je ne sais pas encore que penser, je prends mon temps.

En lisant tes beaux textes. En suivant tes escargots sur le papier!

Ren du Braque a dit…

Bonsoir Carole et Edmée... Merci de m'avoir rendu visite. Amicalement et à bientôt !