mardi 27 avril 2010

Le couleur de Ren du Braque

Au début d'un film ou d'une émission de télévision les comédiens sont tout de suite reconnaissables par leurs traits distinctifs. Celui est beau, celle-là est drôle, lui, il est bête. Pour nous, au contraire, serait-il même possible d'être reconnu parmi tous les visages de la foule ? Et d'ailleurs d'être reconnu pour ce que l'on se prend ?

Il faut vous avouer que ce billet va souffrir de ce manque de clarté. Comment trouver les expressions précises pour décrire l'ambiguïté qui nous entoure. L'aspect le plus troublant de cette ambiguïté est que l'on lutte incessamment d'annoncer son identité à tout le monde, tout en sachant très bien que la connaissance de soi-même est une quête impossible.

La dernière fois, cher lecteur, oh, pardon, peut-être serait-il sage de dire que vous vous trouvez sur le blogue de Ren du Braque, blogueur errant et aventurier du blogue-sphère, au cas où vous vous tromperiez de site ? J'ai peu de photos ici. Je n'écris pas sur un objet très reconnaissable comme la bande dessiné, mes bébés, ma famille, la pornographie, la vie de merde, la vie des femmes, la musique rock, les vedettes de cinéma, les films ou les objets fétiches. Grosso modo, je n'écris rien sur la culture contemporaine. J'essaie d'écrire sur mes expériences absurdes.

Si cela vous intéresse, je vous remercie pour l'intérêt que vous portez à mes balivernes.

La dernière fois j'étais en train de parler à moi, ma nouvelle correspondante parisienne de Skype, qui étaient depuis presque deux semaines impossible à rejoindre, impossible à connaître, et impossible à en tirer plus d'un mot dans son dernier courriel. En contrepartie, je n'ai jamais reçu de mot ni désobligeant ni décourageant. Je m'attendais de lui rejoindre tôt ou tard. Jeudi matin, il me semblait qu'elle faisait tout pour m'éviter qui m'a inspiré d'écrire Une tempête de non. Vendredi matin, je l'ai vue sur Skype. La curiosité ayant la raison sur moi, je l'ai appelée et entamé notre première conversation.

Ce jour-là, je n'étais pas du tout en pleine forme. Je balbutiais, je demandais vite des questions compliquées, et puis elle m'a demandé si j'étais noir. J'ai dû avoir l'air étonné, parce que je n'ai rien dit immédiatement après sa question, puis j'ai lentement répondu non et ce non contenait toute une gamme de sentiments. Au début, j'ai repoussé cette identité. Aussitôt que je l'ai dit, j'y ai réfléchi davantage et en y réfléchissant mon refus s'est transformé en étonnement. Pourquoi m'a-t-elle demandé ça ? A-t-elle remarqué un ton américain-africain ? Qui est cette femme ?

« Ce n'est pas grave, » a-t-elle répondu. « Vous êtes donc un vrai américain ? »

Je n'en pouvais plus. Un vrai américain ? Moi ? Vous voulez rire ? Ma tête se tournait comme une toupie. Je me suis dit que ce serait possible que tout de go un français pourrait me prendre pour un vrai américain sans me voir. S'il me voyait sans que je lui parle, il pourrait également me prendre pour turque, marocain, hispanique, iranien, juif ou italien ce qui est souvent le cas chez les turques, les marocains, les hispaniques, les iraniens, les juifs ou les italiens.

Pas tout le monde est comme ça. Chouchou, ma femme, est asiatique. Selon elle, je suis blanc, parce que je ne suis pas asiatique. Cela n'a pas d'importance à vrai dire, mais il m'embête un peu. J'ai essayé de lui convaincre que je n'étais pas forcément blanc, même si je dois me déclarer blanc sur les formulaires. Face à ce méconnaissance, on aurait pensé qu'il fût impossible de lui faire changer d'avis, mais l'identité est tellement méconnaissable qu'il me fallait juste un ou deux ans avant que la multiplicité de mon identité ne fût révélée. Une fois en sortant du métro, je l'ai essayé encore une fois et en regardant son visage, j'y ai renoncé. En traversant la rue, un clochard noir ivre s'est approché de moi, m'a regardé droit dans les yeux et puis il a dit à la cantonade, « Je suis noir aussi. Je suis noir aussi. Michael Jackson. »

Voyez-vous la confusion que je provoque au sein de mon peuple américain multiculturel bien plus tolérant que tous les peuples du monde ?

S'il faut le dire, j'ai la peau plus noir que feu le célèbre chanteur. Et lui, à son pompe funèbre était bien plus noir que je l'aurai été. Se ferait-il que puis que je peux être n'importe quel couleur que je ne peux jamais en avoir un seul ?

Non. Je n'ai pas de couleur. Je suis Ren du Braque. C'est le couleur multiple Go. J'évite le bidon des journaux, les ragots, et les âneries de la culture contemporaine pour écrire des balivernes décousues. Je me présente comme blogueur errant, chevalier absurde, et amateur de blagues stupides. Ce n'est pas reconnaissable comme une vedette de cinéma, mais il me convient très bien.

1 commentaire:

Val. a dit…

La question de "moi" est effectivement étrange mais certainement moins que son commentaire qui a suivi.

Ai-je le droit d'avoir un doute sur le tolérantisme américain ?